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23 novembre 2007

Philippe Vasset – Un livre blanc

fb93f5c98081e0c9227e5f7e58070557.jpgCe petit livre part d'une idée toute simple de Philippe Vasset qu'on enrage de n'avoir pas eue avant lui. Aller voir sur place à quoi correspondent les zones blanches qui figurent sur les cartes topographiques urbaines.
Philippe Vasset s'y est attelé pour la région parisienne. Le livre présente quinze de ces zones laissées indéfinies par les cartographes. Plein d'illusions, l'auteur part à l'aventure, la fleur à l'appareil photo. Il espère remplir les zones blanches de châteaux secrets, d'usines cachées, de jardins impénétrables. Il ne trouve que terrains vagues, baraquements, amas de déchets, hangars désaffectés au bord de quais improbables. Les lieux ne sont parfois pas si déserts qu'on le croit : des personnes vivent là, cachées, dans la misère. Elles évitent soigneusement de rencontrer l'explorateur urbain. Pour autant, les expéditions de l'écrivain-explorateur ne sont pas décevantes, il découvre des jungles miniatures, des wharfs sauvages et des gares désertées qui achèvent de mourir, ignorés de tous. Il est le seul à les visiter sans obligation. Ce qui lui donne la liberté d'en apprécier les charmes (bien cachés).

« À peine entamée, mon expédition s'éloignait du chemin tracé : en lieu et place des mystères espérés, je ne trouvais qu'une misère odieuse et anachronique, un bidonville caché aux portes de Paris. C'était le premier d'un long défilé : au Bourget, le terrain nu délimité par la voie ferrée et les rues Jean-Jaurès, de Verdun et du Commandant-Rolland sera lui-aussi, lorsque j'y passerai, occupé par des huttes de tôle et des enfants en guenilles courant entre les tas d'ordures fumants comme sur les photographies du bidonville de Nanterre qui illustraient, au lycée, le chapitre sur la guerre d'Algérie de mon livre d'histoire (quelques mois plus tard, lorsque je repasserai, il n'y aura plus rien : toutes les baraques et leurs occupants auront disparu, et un immense panneau publicitaire vantera, images de synthèse à l'appui, le confort des lotissements dont la construction allait démarrer). »

Ce livre est-il un reportage, un roman, un témoignage ? Ce qui est sur, c'est qu'il s'agit d'un récit littéraire dans la lignée de certain texte de Georges Perec. Rendre compte par des moyens littéraires du réel le plus banal et en dégager les potentialités oniriques semble être une des ambitions tenues de l'auteur. Philippe Vasset termine logiquement son périple sur l'embrasement des banlieues à l'automne 2005. L'effacement et la dissolution des zones blanches dans la banlieue normée signe la mort de la poésie des barrières. Plus d'échappées belles, désormais le réel s'impose partout.

Philippe Vasset a créer un site lié au livre d'où est tirée la photo ci-dessus.