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21 janvier 2007

François Dufay – Le soufre et le moisi

Le livre porte en sous-titre : La droite littéraire après 1945 - Chardonne, Morand et les hussards.

Je ne suis pas client de la maison. Il m’est arrivé parfois de lire des écrivains qui se revendiquaient de la droite. Sans que je le susse toujours d’ailleurs. Mais je ne suis assurément pas un expert de cette littérature. Chardonne et Morand, ces « merveilleux stylistes » me sont à peu près étrangers, et des hussards je ne maîtrise à peu près que Blondin et Frank. Le livre de Dufay est donc pour moi une virée en terre inconnue.
Je savais les compromissions de Chardonne et Morand pendant la guerre, qui vues d’ici apparaissent plus comme des réflexes de classe matinés d’imbécillité que comme les résultats d’une analyse politique. Dufay raconte leur après-guerre. De la liste noire du CNE à l’Académie française, une stratégie de reconquête a été mise en œuvre sous l’impulsion de Nimier et de ses amis. Chacun y trouvait son compte. Les deux vieux réprouvés, bien sûr, et les jeunes écrivains de droite dont la carrière était barrée par le poids des écrivains issus de la Résistance. De courte échelle en main tendue, de coup d’éclat en banalisation, les deux écrivains d’avant-guerre sont parvenus à mourir absous. Les hussards, prenant la pose du dilettantisme et du dégagement, masquant leur soutien à l’OAS, se sont trouvé à leur tour après 1968 en position de rafler les positions académiques et les instances du pouvoir littéraire. Opération réussie. L’analyse de Dufay est rigoureuse, même si son sous-titre paraît trop embrasser. Sauf à penser que la droite ne fut que collaborationniste. Ainsi ne traite-t-il pas de la droite gaulliste, Mauriac et Malraux par exemple. Mais pour ce qui concerne la droite vichyste le tableau est édifiant.

En croisant de loin ces écrivains, je me suis rendu compte que n’éprouve décidément que peu d’attirance pour les écrivains automobilistes. Ah, la photo ridicule de Morand, pépère dans sa Batmobil ! Ils sont à l’opposé des flâneurs que j’aime. Je donnerais tous ces écrivains pétaradants pour un seul Yves Martin piéton, un seul Louis Nucéra cycliste et même — allez, je ne suis pas ennemi du moteur — un seul Jacques Réda solexiste.