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15 novembre 2006

Naissance de la littérature de jeunesse

La vaine recherche du plus ancien livre pour enfants a longtemps préoccupé les spécialistes, chacun s’échinant à faire reculer de quelques années le record précédemment établi, jusqu’à trouver un manuscrit du XIVe siècle, Les Enseignements à mes filles de Geoffroy, Chevalier de la Tour-Landry en 1371. Cette recherche a-t-elle un sens ? Les quelques titres isolés que l’on peut trouver, en France ou ailleurs, avant la fin du XVIIe siècle ne prouvent en aucun cas l’existence d’une littérature écrite pour la jeunesse, mais seulement la timide émergence de l’idée d’enfance. La naissance d’un répertoire spécifiquement enfantin a été lente et laborieuse, la nécessité ne s’en faisant sentir que tardivement.
Malgré tout, on peut se demander si les enfants lisaient avant de disposer d’une littérature adressée, et si oui, ce qu’ils pouvaient lire ? Nous savons évidemment qu’une partie de la population, l’aristocratie, la bourgeoisie urbaine, les futurs clercs, bénéficiait d’une période plus ou moins longue d’instruction durant l’enfance pendant laquelle on lui enseignait la lecture. Mais le résultat de cet enseignement était loin de former des lecteurs au sens contemporain du terme. Seul un petit nombre des enfants scolarisés devenait lettré, technicien de la lecture et de l’écriture, mais la plus grande partie n’avait avec l’écrit que des rapports utilitaires et sporadiques. Même après l’invention de l’imprimerie et son rapide essaimage dans toute l’Europe, très peu de livres ou de brochures destinés aux enfants sont parvenus jusqu’à notre époque. En dehors de quelques livres utilisés pour l’apprentissage de la lecture, dont ont survécu de rares exemplaires – le plus célèbre exemple européen de ce type de production demeure l’Orbis sensualium pictus (Nuremberg, 1658) ouvrage de Coménius, aux multiples éditions dans différentes langues, et dont l’ambition était sans doute de remplacer le Roti-Cochon (1) qui avait fait son temps — on ne peut que conjecturer sur les lectures que pouvaient faire les enfants qui en avaient les moyens techniques et matériels. Si donc les enfants lisaient, qu’ils en eussent le loisir et les moyens, ils devaient lire les mêmes livres que les adultes, lectures édifiantes et romans de chevalerie principalement. Mais ce n’était pas là toute la littérature à laquelle pouvaient accéder les enfants. La majeure partie de leur fréquentation de la littérature se faisait par l’oralité, que ce fût à l’église ou au cours de veillées où circulaient toutes sortes de récits.

L’enfant du Moyen-Âge et de la Renaissance n’est donc pas sevré de récits — nous savons que Montaigne, qui fut un enfant privilégié ayant accès aux livres, cite parmi «tel fatras de livres à quoi l’enfance s’amuse» à l’époque de son enfance, Lancelot du lac, Amadis et Huon de Bordeaux — et c’est sur ce substrat, cette culture enfantine, orale la plupart du temps, que va naître en Europe la littérature pour la jeunesse, à la fin du XVIIe siècle. Néanmoins, cette origine populaire (la littérature aristocratique du Moyen Âge et les contes de tradition populaire mêlés en un substrat transmis oralement à un public très large en terme de classes sociales, et en partie enfantin qui en fait un élément de sa culture) de la littérature de jeunesse est généralement passé sous silence ou très rapidement évoqué dans les histoires de la littérature de jeunesse, qui préfèrent insister, pour lui donner des lettres de noblesse sur ses origines aristocratiques et bourgeoises. Il nous semble que couper d’une de ses deux racines la littérature de jeunesse revient à s’empêcher de comprendre les luttes qui ont perduré jusqu’à aujourd’hui dans ce champ.

On peut facilement s’accorder à situer le moment de la naissance, en tant que telle, de la littérature de jeunesse française aux dernières années du XVIIe siècle, qui virent successivement paraître les Fables de La Fontaine (1678-1694), les Œuvres mêlées de Madame Lhéritier (1695), les Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités de Charles Perrault (1697), les Contes nouveaux ou Les fées à la mode de Madame d’Aulnoy (1698), Les Fées, contes des contes de Madame de La Force (1698), Les Aventures de Télémaque de Fénelon (1699) et quelques autres titres de moindre envergure.
Marc Soriano a magistralement analysé les mécanismes qui ont produit une telle efflorescence à ce moment là où les luttes entre la Contre-Réforme et le Quiétisme agitent les milieux intellectuels, et le rôle majeur de Perrault dans la naissance d’un répertoire enfantin. Les enjeux politiques et culturels de la publication des Contes de ma mère l’Oye à partir de 1691 dans le cadre de la querelle des Anciens et des Modernes sont désormais éclairés par l’analyse qu’il en fit. Il n’en reste pas moins qu’on a affaire avec ce recueil à un ensemble composite duquel il est malaisé de démêler la part d’invention propre de Charles Perrault (et de son fils Pierre Darmancour) de la part héritée de récits antérieurs. Soriano montre que tous les thèmes du recueil en prose, y compris celui de Riquet à la houppe qui a longtemps passé pour un conte littéraire, sont authentiquement populaires, et probablement le résultat d’une collecte comme celles, ultérieures, que réaliseront les frères Grimm. Mais tous ont été retravaillés, rationalisés, stylisés et surtout christianisés par l’auteur. Les contes s’adressent d’abord à un public adulte, d’ailleurs Perrault lit le premier, Grisélidis, à l’Académie en 1691 en réponse anticipée à la Satire X Sur les femmes de Boileau, c’est dire s’il s’agit là d’une œuvre adressée prioritairement aux lettrés. Pourtant très rapidement les contes vont trouver un auditoire enfantin. Soriano attache le succès pérenne de ces contes d’une part à la simplification et à la clarification des formes opérées par Perrault, à leur lisibilité, et d’autre part à leur contenu inconscient.

Voici comment il caractérise l’image de la famille véhiculée par Perrault :

« Quand on met bout à bout les portraits de pères et de mères qu’ils contiennent, on obtient une très surprenante galerie. Les pères y sont volontiers fous et serviles, souvent aussi sadiques ou incestueux ; quant aux mères, elles n’ont rien à envier à leurs sinistres maris ; facilement folles, bavardes, sottes et imprévoyantes, elles rivalisent de cruauté et de férocité avec eux. Partout le drame, l’horreur ou au moins l’insécurité.
Or la littérature pour la jeunesse, en particulier à notre époque, semble obéir à des critères inverses. Les parents y sont toujours exemplaires et parés de toutes les vertus. Une des règles non écrites qui la régissent, c’est qu’on n'y conteste pas l’autorité de la famille.
Les contes de Perrault parlent aux enfants un autre langage, ils leur présentent un monde différent : un monde où les adultes sont méchants et insécures, où chaque enfant doit gagner seul sa place au soleil et où il la gagne. »

Ce langage et ce monde différents relevés par Soriano marquent clairement l’opposition sur laquelle va se constituer la littérature de jeunesse pendant trois siècles et dont l’opposition dialectique continue va structurer l’histoire.

La première caractéristique de la littérature populaire est sa grande immuabilité. Sa permanence est remarquable puisque trois siècles après Montaigne, Goethe, en Allemagne, ou Agricol Perdiguier, figure du mouvement ouvrier du XIXe siècle, citent encore les mêmes titres qu’il citait :
« La maison d’édition, ou pour mieux dire la fabrique de ces livres populaires était à Francfort même. Ils étaient imprimés, à cause de leur grand débit, en caractères stéréotypés, sur un abominable papier brouillard, et presque illisibles. Nous autres, les enfants, nous avions le bonheur de trouver tous les jours ces précieux restes du Moyen-Âge devant la porte d’un bouquiniste, et de nous les approprier pour quelques kreutzers. Eulenspiegel, Les Quatre fils Aymon, La Belle Mélusine, Fortunatus, jusqu’au Juif errant, étaient à notre disposition. » Goethe
« J’achetais des livres à gravures parmi lesquels Le Miroir de l’âme renfermait des énormes cœurs dont les diables faisaient le siège, plus Les Quatre fils Aymon, où il était question des fameux paladins Renaud et Roland, et L’âme dévote, recueil de cantiques, où je fis connaissance avec Saint-Eustache, Genevière [sic] de Brabant, l’enfant prodigue, etc… » Agricol Perdiguier


On notera que parmi les titres cités se rejoignent les deux traditions sur lesquelles repose la littérature populaire : la tradition écrite des légendes médiévales et la tradition orale des histoires de vieilles. Charles Perrault étant le premier à nouer avec quelque succès non seulement la culture populaire à la culture lettrée, mais aussi la tradition orale à une forme écrite. Ces deux formes, écrite et orale, vont coexister pendant des siècles au sein du champ de la littérature populaire. Robert Mandrou a montré comment la Bibliothèque bleue a été constituée en grande partie par des formes dégradées de la littérature aristocratique des XIe et XIIe siècles. Nombre de titres de romans populaires lus continûment jusqu’au milieu du XIXe et cités jusqu’ici remontent à une telle origine : Lancelot du lac, Amadis, Huon de Bordeaux, Les Quatre fils Aymon ou La Belle Mélusine. Le roman de chevalerie tel qu’il fonctionnera dans la Bibliothèque bleue procède directement des grands poèmes épiques du Moyen-Âge, des gestes dont on sait qu’outre les versions écrites circulèrent de château en château des versions orales transmises par des récitants professionnels, trouvères, troubadours ou jongleurs. Le merveilleux chrétien (et plus anciennement païen) qui caractérise ces récits est selon Mandrou le trait premier qui permit le passage, à la fin du Moyen-Âge, en des versions en prose, dans le registre populaire. Puis, après l’invention de l’imprimerie, au moment où la diffusion de ces nouvelles versions peut se faire indépendamment d’une infrastructure de contage, leur valeur de modèles comportementaux appliqués à de nouvelles catégories de populations, en fit les plus durables succès de librairie, comme en témoigne un auteur de la Renaissance :
« Est à présupposer que dès le temps de l’an mil deux cents, on commença de faire plusieurs livres en gros et rude langage et en rithme mal taillée et mesurée, pour le passe-temps des princes et aucunes fois par flatterie pour collauder oultre mesures les faits d’aucuns chevaliers, à ce qu’on donnast courage aux jeunes gens de bien faire et de se hardier, comme le dit roman de Méluzine, les romans du petit Artus de Bretagne, Lancelot du Lac, Tristan l’adventurier, Ogier le Danois et autres que j’ay veu en ladite rithme ancienne, en aucunes notables librairies : lesquels ont esté depuis rédigés en prose et en langage assez bon, selon le temps qu’ils furent ainsi rédigés, esquels on veoit choses incrédibles et toutefois délectables à lire. » Jean Bouchet (1535)


L’autre source de cette littérature est le vieux fonds de tradition populaire auquel s’alimenteront Perrault et dans une certaine mesure La Fontaine, mais avant eux Rabelais, des "contes de vieilles" où se croisent ogres et géants, sorcières et fées, et autres animaux anthropomorphes. Cette tradition, peut-être protohistorique, est, comme la geste médiévale, de voie orale, et nous n’en saisissons dans ses versions écrites — Le Roman de Renart est fixé dès les XIIe et XIIIe siècles — que le terme figé d’une longue évolution.
La littérature qu’on a habitude de considérer comme populaire n’est donc pas pure, elle est le résultat de chassés-croisés entre des littératures orales de tradition populaire et des littératures orales de tradition aristocratique et lettrée, qui se fondent à la Renaissance et à l’âge classique dans un vaste corps unifié dans sa présentation, la Bibliothèque Bleue qui sera diffusée essentiellement par colportage.
Les études sur la littérature de colportage commencent à être nombreuses et la plupart s’accordent à souligner que cette forme de diffusion du livre a dû supposer une lecture communautaire et oralisée . Si on dispose de peu de témoignages directs sur ce point précis, il serait absurde de penser que les enfants étaient écartés des séances de lectures. D’un répertoire pour adultes — tous les conteurs y insistent — les enfants étaient aussi les auditeurs. Ils disposaient aussi d’un répertoire spécifique, sous la forme de comptines, formulettes et chansons dont un certain nombre, surtout celles des XVIIe et XVIIIe siècles, sont parvenues jusqu’à nous.

Peu à peu, à partir du XVIIIe siècle, l’alphabétisation gagnant du terrain, la lecture communautaire a reculé au profit de la lecture individuelle et silencieuse et le répertoire de la littérature populaire, tel que nous venons de l’esquisser, est dans sa plus grande part passé du côté des enfants. De nouvelles formes sont apparues, s’adressant aux adultes. Mais les enfants ont continué, jusqu’au milieu de ce siècle, à lire des récits venus, pour les plus récents d’entre eux, des XVIe et XVIIe siècles. Pourquoi ce glissement des adultes aux enfants de récits qu’une longue existence avait déjà vu glisser de cours seigneuriales en chaumières ? L’amalgame est vite fait entre l’ignorance du peuple, due à la condition qui lui est faite, et celle de l’enfant, due à son âge. Il faut en premier lieu retenir que parallèlement à la simple alphabétisation, l’instruction gagna aussi les campagnes, et avec elle, les prémices du rationalisme. Une littérature bâtie sur le merveilleux et sur l’ordre social féodal ne pouvait plus au XVIIIe siècle conserver l’adhésion des franges acculturées du peuple. En revanche, les enfants de la bourgeoisie qui commençaient techniquement et pécuniairement à avoir accès au livre se trouvèrent être un marché de substitution pour les éditeurs de la Bibliothèque bleue. C’est ainsi que dans le catalogue du dernier éditeur de la Bibliothèque bleue (nous sommes là dans le mitan du siècle dernier), Baudot, qui a racheté le fonds des Garnier, qui eux-mêmes avaient repris celui des Oudot, une cinquantaine de titres sont destinés aux enfants sur un total de 226 livres, et dans le catalogue de l’imprimeur-libraire Lecrêne-Labbey de Rouen datant du début du XIXe siècle , on relève aussi sur 290 titres, cette fois, une cinquantaine d’ouvrages s’adressant directement aux enfants. Il s’agit essentiellement de contes populaires et des conte littéraires à parts égales, sans préjuger des titres pour adultes que les enfants pouvaient lire aussi, comme les romans de chevalerie, encore présents à cette date au catalogue.

La plupart des titres de littérature de jeunesse mentionnés dans les histoires de la littérature n’appartiennent pas à cette ancienne tradition que nous venons d’évoquer, mais à l’autre branche, de naissance plus récente, de la littérature de jeunesse.
Depuis longtemps l’éducation des princes avait recours à des traités, qui entremêlaient l’histoire ancienne et la morale. Ces traités, toutefois, n’avaient pas un public naturel nombreux et restaient peu diffusés en dehors des classes dirigeantes. Tout change avec l’absolutisme méthodiquement organisé par Richelieu et ses successeurs. L’éducation du prince devient une affaire d’état, donc l’affaire de tous, comme le signifiera Bossuet, évêque et précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, dans l’avertissement de sa Grammaire latine :
« L’instruction de Monseigneur le Dauphin est une affaire toute publique. »

Bossuet est le maître d’œuvre d’une entreprise sans équivalent, la publication de la collection Ad usum Delphini : quarante et un volumes de classiques de l’Antiquité, dont un seul grec, Ésope, annotés en latin. Cette édition collective, savante et didactique, à l’usage du Dauphin, reste l’idéal intangible de tous les auteurs pédagogues du siècle suivant, qui passant du latin au français, chercheront à en égaler la qualité sans jamais y parvenir.

À la génération suivante, en 1699, Fénelon, prêtre et précepteur du petit-fils de Louis XIV, le duc de Bourgogne, voit publier ses Aventures de Télémaque, qui connaîtront cent cinquante éditions et quatre-vingt traductions avant 1830. Fénelon, contemporain de Perrault, défend des positions opposées à celles de ce dernier et fait peu de cas des contes de nourrices :
« Si, au lieu de donner aux enfants de vaines craintes des fantômes et des esprits, qui ne font qu’affaiblir par de trop grands ébranlements leur cerveau encore tendre ; si, au lieu de les laisser suivre toutes les imaginations de leurs nourrices pour les choses qu’ils doivent aimer ou fuir, on s’attachait à leur donner toujours une idée agréable du bien et une idée affreuse du mal, cette prévention leur faciliterait beaucoup dans la suite la pratique de toutes les vertus. » Fénelon

Nonobstant, si les Aventures de Télémaque connaissent une telle fortune éditoriale (2), ce n’est assurément pas dû à la dose de morale qui y est instillée, mais bien plutôt à la mise au goût du jour — marqué par les romans précieux — d’un thème éternel : la quête du père. Fénelon, va devenir le modèle de tous ceux qui commencent au XVIIIe siècle à se préoccuper des lectures enfantines. Las ! Tous ne sauront pas, comme lui, trouver l’équilibre entre les contraintes didactiques et une fiction forte. C’est ainsi que Mme Leprince de Beaumont, dont seul est encore lu La Belle et la bête, dont elle emprunta le thème au répertoire populaire oral, est par exemple l’auteur du Magasin des enfants (1757), dont le sous-titre est propre à terrifier n’importe quel lecteur contemporain : Dialogue d’une sage gouvernante avec ses élèves de première distinction, dans lesquels on fait penser, parler, agir les jeunes gens suivant le génie, le tempérament et les inclinaisons de chacun. On y représente les défauts de leur âge, l’on y montre de quelle manière on peut les corriger ; on s’applique autant à leur former le cœur qu’à leur éclairer l’esprit. On y donne un abrégé de l’Histoire sacrée, de la Fable, de la Géographie, etc., le tout rempli de réflexions utiles et de contes moraux pour les amuser agréablement, et écrit d’un style simple et proportionné à la tendresse de leurs âmes… Ce programme restera à peu de choses près celui de tous les auteurs qui écriront pour les enfants jusqu’à la période contemporaine.

Heureusement, en 1720, un livre publié l’année précédente en Angleterre, est traduit en français, qui aura une postérité plus glorieuse encore que Télémaque. Robinson Crusoé de Daniel Defoë, livre écrit pour les adultes, connaît de très nombreuses éditions et devient très rapidement dans des versions abrégées et remaniées un des titres les plus diffusés de la Bibliothèque Bleue. On sait la position de Jean-Jacques Rousseau, dans l’Émile (1762), prônant Robinson comme lecture nécessaire et suffisante pour un enfant de douze ans, et le nombre de robinsonnades qui s’emploieront à imiter le modèle, le dénaturant par une part toujours plus grande de didactique, glissée en contrebande dans un récit d’aventures. Le modèle survécut malgré tout aux contrefaçons, et donna même naissance, longtemps plus tard, à d’authentiques réussites dans le genre exigeant de la robinsonnade.

Parmi les disciples de Fénelon, qui curieusement trouvèrent à la lecture de Rousseau des arguments supplémentaires dans leur entreprise d’écriture pédagogique, il faut encore mentionner deux noms qui eurent une grande importance à leur époque. Tout d’abord, Mme de Genlis (1746-1831), gouvernante des enfants du duc de Chartres et auteur des Veillées du château (1784), dont on voit tout de suite la classe sociale visée. Elle tente une synthèse difficile entre les différents mouvements intellectuels de son temps, entre le catholicisme et le culte de la science et de la technique. Voici comment elle définit son œuvre dans ses Mémoires :
« J’ose croire qu’elle a été utile à la religion et que par une faveur particulière de la providence, ma faible main a porté de rudes coups à la fausse philosophie. Je me flatte encore d’avoir eu une heureuse influence, notamment sur l’étude des langues vivantes que j’ai mises à la mode ; sur l’emploi des jeux et des récréations, sur la gymnastique de l’enfance et de la jeunesse dont j’ai donné les premières idées dans mes Leçons d’une Gouvernante. On me doit encore l’abolition totale des Contes de Fées, lecture autorisée jadis dans l’éducation de l’enfance et de la première jeunesse. Le conte qui se trouve dans Les Veillées du château et que j’ai intitulé (il y a quarante ans !) La Féerie de l’Art et de la Nature, a fait connaître que le véritable merveilleux puisé dans les œuvres du Créateur surpasse infiniment tout ce qu’une imagination déréglée peut inventer en ce genre ; et enfin, ce conte a donné en général à la jeunesse le goût de la plus belle et de la plus attrayante de toutes les sciences, celui de l’histoire naturelle, science sur laquelle sont fondées les découvertes les plus utiles, les plus brillantes et par conséquent toute la magie des beaux Arts et même celle des arts de l’industrie. »


Hélas, le résultat n’était pas souvent à la hauteur de ses ambitions, et Saint-Beuve l’exécute en quelques lignes :
« Ces ouvrages, remarquables par un intérêt facile, de fines observations et des portraits de société, un style coulant et clair et de justes descriptions de détails, sont tous plus ou moins gâtés par du romanesque, de la sensiblerie factice, de l’appareil théâtral. »

De plus, cette grande donneuse de leçons de morale était capable de pratiques pour le moins douteuses, qui lui assurèrent sans doute la place éminente qui fut la sienne dans le champ de la littérature de jeunesse en constitution :
« Nul écrivain, peut-être, n’a poussé plus loin le brigandage littéraire que Mme de Genlis. Elle eut, à ce sujet, en 1830, un procès déplorable avec le libraire Roret, éditeur de la collection des Manuels. Elle s’était engagée, moyennant quatre cent francs, à composer pour lui un Manuel encyclopédique de l’enfance. On allait imprimer le manuscrit, qui avait été payé, lorsqu’on s’aperçut qu’il était la copie exacte d’un livre du même genre, publié en 1820, par M. Masselin. Il fallut un procès pour que le libraire obtint la restitution de son argent. » Ludovic Lalanne, Curiosités littéraires (1845)


Le second nom, contemporain de Mme de Genlis, qu’il convient de citer, est celui d’Arnaud Berquin (1749-1791). Il est sans doute le premier qui en France tenta de vivre de la littérature de jeunesse en lançant en 1782 un mensuel, L’Ami des enfants, suivi en 1784 de L’Ami des adolescents. Soriano définit ainsi l’entreprise de Berquin :
« L’œuvre de Berquin associe le moralisme de Fénelon, le dogmatisme de Jean-Jacques, récupéré à travers ses épigones britannique et allemands, et une sensibilité à fleur de peau, caractéristique de cette fin de siècle et qui n’évite pas la sensiblerie. Parents et enfants, riches et pauvres s’attendrissent et pleurent à qui mieux mieux. »

De son nom propre, on tira le mot berquinade pour qualifier un livre pour enfants larmoyant et rempli de bons sentiments. Les historiens de la littérature de jeunesse ne sont pas tendres avec Berquin. Paul Hazard (1932) résume ainsi le sentiment du lecteur moderne de Berquin, qui explique l’aspect péjoratif attaché au mot berquinade :
« On croit entendre, en lisant Berquin, un chant très vieillot et toujours faux ; rien n’est simple, rien n’est naturel, rien n’est vrai. »

Mais dès le milieu du XIXe siècle, Baudelaire s’était déchaîné devant cette littérature qu’il jugeait pernicieuse :
« Tout d’abord je vis que les enfants y parlaient comme des grandes personnes, comme des livres, et qu’ils moralisaient leurs parents. Voilà un art faux, me dis-je. Mais voilà qu’en poursuivant je m’aperçus que la sagesse y était incessamment abreuvée de sucrerie, la méchanceté invariablement ridiculisée par le châtiment. Si vous êtes sages, vous aurez du nanan, telle est la base de cette morale. […] Voilà, pour le coup, me dis-je, un art pernicieux. »

Des reproche que reprend encore A. Brauner (1951), un siècle plus tard, sur un mode encore plus polémique :
« De la sensiblerie à en pleurer. Les bons sont beaux, tendres, vertueux, pathétiques, charitables, — oh ! surtout charitables, — prêts à donner toutes leurs chemises usagées quand ils en ont douze neuves chez eux. Car il s’agit d’un Ami des enfants de bonne famille. Les méchants, par contre, sont du même coup laids, malhonnêtes, lâches, stupides, gourmands, et tout et tout. Les bons sont toujours récompensés, ils n’ont pas le choix. Mais les méchants peuvent soi se transformer en anges, en super-bons, meilleurs que les meilleurs des bons, soit subir le châtiment mérité. L’Ami des enfants est écrit au superlatif, ce qui fait, semble-t-il très enfantin. C’est en quelque sorte un dictionnaire des adjectifs qualificatifs. Il n’y manque que ce qu’on appelle la vie. »


Telle se présentait la littérature de jeunesse au début du XIXe siècle. Deux courants, d’origines distinctes la constituaient, un courant axé sur le merveilleux, d’origine populaire, et un courant didactique, d’origine aristocratique relayé à la fin du XVIIIe siècle par des bourgeois. Mais ces deux courants n’étaient pas, loin de là, étanches l’un à l’autre. Le cas des contes de fées est particulièrement symptomatique des échanges qui s’accomplissaient entre les deux sphères.
Peu après la mort de Perrault, entre 1704 et 1712 paraissent les Contes des Mille et une nuits traduits par Antoine Galland (1646-1715). Ces contes issus de la tradition populaire persane auront une influence majeure sur la littérature de l’époque (Les Lettres persanes (1721), Zadig (1732)… ), ou du moins sur son décor. Ils auront aussi une semblable influence sur la production des contes qui sont alors un des genres en faveur dans les salons de l’aristocratie lettrée. Mme de Villeneuve (1695-1755), Mme Leprince de Beaumont (1711-1780) et bien d’autres écriront une multitude de contes — repris plus tard dans une collection de quarante et un volumes, le Cabinet des fées (1785-1787) — où s’entremêleront des thèmes repris de la tradition populaire française, des décors arabisants, une morale catholique et une écriture précieuse. Cette littérature de salon va passer à la fin du siècle dans les livrets de colportage, et des thèmes populaires vont retourner au peuple, ou à ses enfants, après un filtrage et un travail idéologique accompli sur le texte par des auteurs au service des valeurs aristocratiques.

La Monarchie de Juillet et la Seconde République marquent le début de la période de production consciente de la littérature de jeunesse. Les conditions économiques et sociales après l’Empire et la Restauration sont tout à fait particulières ; l’aristocratie foncière est en déclin et la bourgeoisie en pleine ascension ; la révolution industrielle démarre, créant un prolétariat d’origine paysanne et l’instruction devient un enjeu politique. La loi Guizot de 1832 crée l’obligation pour les communes de proposer à ceux qui en ont les moyens une instruction primaire. La Seconde République démocratise un tant soit peu ces dispositions, mais avec le retour aux affaires des milieux réactionnaires dans les valises de Louis-Napoléon Bonaparte, est votée en 1851 la loi Falloux, qui soumet l’instruction primaire au double contrôle de l’Église et de l’État. Le livre pour enfants prend alors une importance qu’il n’avait jamais connue. Pour des raisons économiques d’abord, puisque les enfants tendent à devenir un public homogène disposant d’un certain pouvoir d’achat. Pour des raisons politiques ensuite, car le livre devient le meilleur vecteur de propagande quand la période est à l’affrontement idéologique.
C’est dans ce paysage que deux éditeurs Louis Hachette et Pierre-Jules Hetzel vont instituer la littérature de jeunesse dans le champ littéraire. Hachette, est un ancien élève de l’École Normale Supérieure, chassé de l’enseignement en 1819 par un gouvernement ultra. C’est un libéral, attaché à l’indépendance de l’Université et à l’instruction publique, mais sous le Second Empire il se ralliera au régime sans trop de problèmes. Hetzel, lui, après avoir travaillé avec des éditeurs libéraux, va très vite fonder sa propre maison d’édition. C’est un républicain, il sera chef de cabinet de Lamartine en 1848, puis secrétaire général attaché à Cavaignac jusqu’à l’élection du prince Bonaparte. Au moment du coup d’état, il choisira l’exil à Bruxelles, et ne rentrera qu’après l’amnistie en 1859. La concurrence à laquelle vont se livrer les deux éditeurs porte en elle les traces de l’antagonisme natif entre littérature populaire et littérature didactique.

Louis Hachette débute dans le métier par la publication d’ouvrages scolaires — le marché commence à exister au moment de la promulgation de la loi Guizot — comme sa formation l’y prédisposait. Dans les premières années du Second Empire, sur le modèle de ce qu’avait créé W.H. Smith en Angleterre, il fonde la Bibliothèque des Chemins de Fer, composée de six ou sept collections destinées au divertissement des voyageurs. La sixième de ces collections, dont la couverture est rose, est constituée de livres illustrés pour enfants. Une autre collection, les Albums Trim, qui s’adressent aux enfants de trois à huit ans voit le jour en 1860 ; un procédé nouveau de coloriage, mis au point par Adrien Dembour, héritier de l’imagerie populaire messine Dembour et Gangel, permet de commercialiser ces albums pour un prix modique. L’entreprise de Louis Hachette n’est rendue possible que grâce aux accords qu’il a passé avec les différentes sociétés de chemin de fer, qui leur ristourne 30% du prix de vente des ouvrages vendus dans les bibliothèques (nous dirions aujourd’hui librairies) de gares. L’opération Bibliothèque des Chemins de Fer est donc, en France, la première tentative, réussie, qui lie industriellement édition et diffusion du livre. L’empire — "la pieuvre verte" — Hachette naît dès les années 1855, et ne va cesser de conforter sa position monopolistique jusqu’à aujourd’hui. Si les collections de livres pour adultes de la Bibliothèque des Chemins de Fer sont un succès, la Bibliothèque rose, elle, est une sorte de triomphe. L’épouse du président de la Société des Chemins de Fer de l’Est, la comtesse de Ségur, en est le principal agent, dont la vingtaine de livres connaîtront tout de suite une grande fortune. Hachette complète son dispositif éditorial par la création d’un journal, La Semaine des enfants, qui prépubliera à l’occasion les œuvres que l’on retrouvera dans la Bibliothèque rose.

Pierre-Jules Hetzel, pour sa part, vient à l’édition par goût de la littérature ; il est l’auteur, par exemple, en collaboration avec Musset du Voyage où il plaira en 1843, et publiera sous le nom de P.-J. Stahl plusieurs adaptations et œuvres originales pour la jeunesse. Il fonde sa propre maison d’édition en 1837, et crée un journal Le Nouveau Magasin des Enfants dès 1843 pour lequel il va s’attacher à demander aux plus reconnus des écrivains de son temps des textes s’adressant aux enfants. Musset, Nodier, Sand, Dumas, Balzac lui fourniront des contes, plus influencés par Hoffmann que par la tradition du conte français. En 1844, il crée une collection pour la première enfance qu’il inaugure avec sa version personnelle de Tom Pouce. Pendant la Seconde République, malgré ses fonctions politiques, il poursuit ses activités d’éditeur et publie les titres de George Sand, La Petite Fadette, François le Champi (1849), La Véritable histoire de Gribouille (1850). Pendant son exil (1851-1860) il publie à Bruxelles une œuvre du plus célèbre des proscrits de l’Empire, un recueil illustré de vers de Victor Hugo sobrement titré Les Enfants. Il ne peut reprendre ses activités d’éditeur en France qu’en 1862, il se tourne alors presque exclusivement vers la littérature de jeunesse. La rencontre avec deux hommes va alors être décisive ; Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’Enseignement auquel il va confier la partie éducative du journal qu’il fonde en 1864, Le Magasin d’Éducation et de Récréation ; et Jules Verne, romancier en devenir qui va trouver le succès dès le premier titre publié par Hetzel, Cinq semaines en ballon. À partir de ce moment toute l’activité d’Hetzel va être tournée, par l’intermédiaire du livre, d’abord vers l’éducation et ensuite seulement vers la récréation. Il exprimait ainsi sa conception du livre pour enfants :
« J’ai eu l’horreur des livres bêtes qu’on donnait à notre enfance. Mon idée fixe a été de supplanter la littérature de gouvernante et de fruit sec qui nous suffisait autrefois par quelque chose de sain et de simple, qui pût tout au moins donner le meilleur goût. »


Louis Hachette a été un éditeur de génie, sachant répondre aux demandes du public, s’adaptant aux conditions économiques et fondant une entreprise qui est toujours dominante dans le champ éditorial français. Mais Pierre-Jules Hetzel, de son côté, n’était pas en reste ; il invente le livre d’étrennes, et son journal Le Magasin d’Éducation et de Récréation n’a cessé sa parution qu’en 1915, trente ans après sa mort. Les deux principales maisons d’édition de la fin du XIXe siècle ont fonctionné finalement comme un système : à Hetzel le rôle de découvreur et d’initiateur d’une littérature de jeunesse exigeante écrite par des auteurs littéraires et à Hachette celui d’exploitant du fonds — quitte à racheter celui d’Hetzel, comme ce fut le cas en 1860 puis en 1915 — et de promoteur de sous-produits manufacturés selon des recettes éprouvées.
Cette répartition dans l’ordre de la création littéraire correspond aussi à un partage social du lectorat. Les livres publiés par Hetzel, qui sont aujourd’hui fort courus des bibliophiles, étalent un luxe certain qui en fait des objets de prix, ne pouvaient être acquis que par la fraction la plus aisée de la bourgeoisie, et même si des éditions brochées ont existé, leur prix était plus élevé que celui des livres édités en grandes séries par Hachette. Au contraire, l’ambition de Hachette est de lutter contre la littérature de colportage — qui finira par être complètement supplantée, le rail triomphant de la route — et de capter le lectorat populaire.

Livre de prix contre livre de consommation courante (bien que Hachette ait aussi, bien sûr, fourni des livres pour les distributions de prix), livre de littérature contre livre de grande diffusion, on retrouve un écho dans la situation dominée par deux grands éditeurs de la double origine de la littérature de jeunesse. Cette première structuration du sous-champ de production de la littérature de jeunesse dans la seconde moitié du XIXe siècle ne va connaître par la suite que des aménagements de détail, des adaptations et une complexification due à l’accroissement du nombre de ses agents.
Il faut attendre les années 1930 pour voir s’esquisser dans le champ une nouvelle évolution avec la création par Paul Faucher de l’Atelier du Père Castor. Jusque là le didactisme de la littérature de jeunesse était essentiellement conformiste, il ne s’interrogeait ni sur les valeurs qu’il transmettait ni sur les moyens utilisés pour les faire passer. Imprégné par les théories d’éducation novatrice, sous l’influence d’une nébuleuse de théoriciens qui regroupe d’un côté Montessori, Decroly, Dewey, Freinet et de l’autre Piaget, Claparède, Havranek et Bakulé, c'est-à-dire le versant anti-autoritaire et le versant constructiviste des idées nouvelles sur l’éducation, Faucher va introduire des pratiques nouvelles dans le champ de la littérature de jeunesse. Armé de données scientifiques issues de la psychologie piagetienne, il va opérer une double démarche. Il va contacter des artistes auxquels il va fournir ces données comme assise programmatique des livres dont il leur passe commande, et il va expérimenter le produit en cours d’achèvement auprès d’un public de jeunes lecteurs . L’ambition de Faucher, est tout entière contenue dans les deux phrases qui concluaient la conférence qu’il donna en 1957 à Girenbad :
« "L’enfant n’est pas un vase qu’on emplit, mais un feu qu’on allume ", dit Rabelais. Je n’ai pas voulu de livres-entonnoirs, j’ai rêvé d’albums-étincelles. »

La production du Père Castor, rompt avec tout ce qui s’était fait jusqu’alors dans l’édition pour la jeunesse. Elle offrait pour un prix modéré des albums s’adressant à de jeunes enfants, dès avant l’âge de la lecture parfois, albums réalisés avec un soin maniaque, dont chaque mot et chaque image avaient été pesés, par des artistes d’une réelle valeur. Les albums du Père Castor connurent un rapide succès, en particulier grâce au soutien dont ils bénéficièrent de la part du corps enseignant. Ils ouvraient une troisième voie dans le paysage jusque là figé entre les deux seules positions qui étaient possibles. Des livres issus de la recherche la plus avancée en matière de pédagogie et de communication qui trouvaient en même temps un large et authentique public apportaient la preuve que l’opposition duelle entre la littérature didactique, chargée des valeurs les plus traditionnelles de la bourgeoisie, et la littérature de divertissement assumant l’héritage paralittéraire pouvait être dépassée.
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(1) Le Roti-Cochon : Méthode tres-facile pour bien apprendre les enfans a lire en latin & en françois, par des inscriptions moralement expliquées de plusieurs Representations figurées de différentes choses, de leurs connoissances ; tres-utiles, & même nécessaire, tant pour la vie et le salut que pour la gloire de Dieu. Cette brochure dont ne subsiste qu’un exemplaire tardif (entre 1689 et 1704) date des années 1560 et semble être une des premières tentatives inspirée par l’humanisme de faire correspondre à la mécanique de l’apprentissage un contenu à la portée du jeune lecteur, et de le faire en français.
(2) Pierre Larousse écrivait dans son dictionnaire : « On trouve ce livre dans la bibliothèque du pauvre comme dans celle du riche ; il sert dans les écoles comme livre de lecture, comme texte pour l’enseignement des langues et de la rhétorique. […] Le Télémaque est sans contredit l’ouvrage le plus achevé de la langue française. » En un siècle et demi, le cercle des lecteurs de Fénelon s’était extraordinairement élargi.