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23 septembre 2007

David Markson – Arrêter d’écrire

Curieux roman. D’ailleurs, ce n’est pas un roman. This is not a novel (titre américain de la chose). Ceci n’est pas une pipe.
C’est un roman constitué de phrases impersonnelles, sans progression dramatique, sans narrateur clairement identifié, où seul un personnage fait surface, de temps à autre, nommé Ecrivain, dont on nous dit qu’il est l’auteur :

« Ecrivain parle aussi tout seul.

Comme Yeats.

Comme Yeats, même en marchant dans les rues de Dublin.


Il y a plus d’audace à marcher nu.

Ecrivain assis et/ou parlant tout seul n’étant que la vérification renouvelée qu’il existe.

Dans un livre sans personnages.

Comme précisé, n’étant pas un personnage mais l’auteur, ici.

Nous sommes et ne sommes pas.
A dit Héraclite.

Même avec d’innombrables et évidents goûts et/ou dégoûts et certaines préoccupations allant de soi.

Combien de fois « Anonyme » désigne-t-il une femme ?

Marcel Duchamp est mort d’un cancer de la prostate.

Déjà condamné par un cancer du poumon, Duke Ellington est mort de la pneumonie.

Le mot « ghetto » signifiait à l’origine fonderie.
Jusqu’à ce que les juifs de Venise soient contraints de vivre sur une île où se dressait autrefois une fonderie.

La connaissance n’est pas l’intelligence.
A dit en outre Héraclite. »


Dans ce désert narratif, rode - figure essentielle du roman – la mort. Arrêter d’écrire : parce qu’au bout, il y a la mort. Ecrivain ne veut pas arrêter d’écrire, mais il va forcément s’arrêter. Les exemples ne manquent pas d’écrivains qui ont arrêté – à leur corps défendant. Les évoquer ne conjure rien, Ecrivain va arrêter. En attendant David Markson, octogénaire, écrit, en arrachant de pauvres phrases aux encyclopédies et aux biographies, le roman (finalement, c’en est un) le plus réjouissant sur la fin obligée de l’écriture.
Quelques cadavres encore, pour la bonne bouche :

« Henry Purcell est mort de la phtisie.

Francis Thompson est mort de la phtisie.

Richard Savage est mort de la phtisie.

Le volume de Sophocle qu’avait Shelley dans sa poche quand il s’est noyé se trouve dans la bibliothèque bodléienne à Oxford.
Le volume de Keats a été brûlé avec son cadavre à Viareggio.

Le Keats avait été emprunté à Leigh Hunt.

Alejo Carpentier est mort d’un cancer de la gorge.

Kant n’a jamais approché de montagne de toute sa vie. Il semble probable qu’il n’ait jamais vu non plus l’océan. »


Un point documenté sur l'oeuvre de David Markson : ici