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<title>In girum imus nocte et consumimur igni</title>
<description>Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu</description>
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<lastBuildDate>Fri, 25 Apr 2008 10:50:54 +0200</lastBuildDate>
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<copyright>All Rights Reserved</copyright>
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<title>Fin de partie</title>
<link>http://ingirum.blogspirit.com/archive/2008/04/25/fin-de-partie.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<pubDate>Fri, 25 Apr 2008 10:50:54 +0200</pubDate>
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Blogue fermé.&lt;br /&gt;Archives disponibles.
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<title>Les copains m'appellent Syrose, c'est la vie...</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Lectures d'enfance</category>
<pubDate>Thu, 06 Mar 2008 14:10:00 +0100</pubDate>
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&lt;strong&gt;Article publié en 1988. &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Toinou, tu m'entends ? Tu veux me faire plaisir ? Alors raconte moi un cauchemar pour que je puisse m'endormir.&quot; &lt;/em&gt;(La reine des poupées. - Perrier)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Dis moi, pourquoi le noir, Jolie Souris ?&lt;br /&gt;- C'est la couleur de l'époque. Je repeinds d'un noir pimpant, guilleret même, les livres sucrés de l'enfance.&lt;br /&gt;- Tu m'amuses, Souris, le sucré, on y nage chez toi : torrents de coca, montagnes de caramels, chapelets de glaces...&lt;br /&gt;- Précisément, sous le sucré de l'apparence, le secret, le noir qui ronge et qui éclate.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Ah ! La vache ! Ptit Doigt ! On va s'acheter un grand bateau. On va partir pour l'Afrique et l'Amérique. On bouffera des glaces à dix boules dans chaque port, vingt dieux !&quot;&lt;/em&gt; (La pêche aux caramels. - Périgot)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;C'est le réel qui est noir, le sucre, c'est du rêve. Indispensable le rêve. Et le cauchemar...&lt;br /&gt;Souris, mais les enfants, les enfants...&lt;br /&gt;Je ne sais rien des enfants, je ne suis pas docteur, moi. Comment ça fonctionne un enfant ? Mais je vois la vraie vie. On veut changer de parents (Voleur de parents. - Garnier), on désire la mort de son prof (J’ai tué mon prof. - Mosconi), on vole un peu (L’œil de Belzébuth. – Craipeau ; On a volé le Nkoro Nkoro. – Jonquet ; La reine des poupées. - Perrier ; Crime caramel. - Craipeau, La pêche aux caramels. - Périgot), on fugue (Sous la lune d’argent. - Fajardie), et on trouve joli garçon l'assassin de papa (La nuit du voleur. - Humbert). Je vois. Et surtout j'écris. Je rends par des mots la violence de 1'époque.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Coups de pieds. Coups de poings. Boxe, boxe, Papa Bambaka !&lt;br /&gt;Mais ils sont trois, ils sont plus forts que toi.&lt;br /&gt;Tu tombes à genoux par terre. Tu as du sang dans la bouche. Tu as du sang dans les yeux et tu ne vois pas les coups venir. Ils te tapent sur la tête. Dans le ventre. Et encore sur la tête. Très fort. Trop fort. Et tu tombes enco¬re, tu tombes dans un grand trou noir.&quot;&lt;/em&gt; (Tchao Grumeau ! - Cohen).&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Du sang à la une…&lt;br /&gt;Mais un sang d’encre. J’ai le sang littéraire, métaphorique. Une souris métaphorique, voilà ce que je suis. Quand j’écris qu’un chômeur peut être amené à voler (La fête des mères. - Daeninckx), j’écris que le chômage c’est le vol vrai. À qui sait me lire, je dévoile une morale. Je suis une souris du genre de Jésus, moi. Je suis une souris qui ne recule pas devant la parabole.&lt;br /&gt;- N’exagères-tu pas un peu, ô souris rhétorique ? &lt;br /&gt;- Si fait, si fait... Mais c'est pour mieux me faire entendre. Si je me contentais de dire que je fais des fictions policières pour les enfants de sept ans, on me rirait au nez. Alors je me pose en souris littéraire. Pas indûment, d'ailleurs. La fiction policière, le roman noir sont les derniers refuges du style, de l'écriture.&lt;br /&gt;- Là encore, Souris, tu veux te faire aussi grosse que le bœuf.&lt;br /&gt;- Pas du tout. Je suis dans le droit-fil d'une tradition qui part du Maître-voleur et du Petit Poucet.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Vous voulez pas être mes parents ?&lt;br /&gt;Mais... Mon petit, on a déjà des enfants Regarde, ils jouent là, sur la plage. Tu n'as pas de parents ?&lt;br /&gt;Si, mais ils ne me plaisent plus.&quot;&lt;/em&gt; (Voleur de parents. - Garnier)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- II y a une force sauvage dans le conte, que je remets en circulation. Mais dans le monde d'aujourd'hui.&lt;br /&gt;- Crois-tu, Souris, que l'innocent lecteur voit un conte, là où tu lui montres un rapt (Pas de peau pour Miss Amarillys. - Mes-plède), une prise d'otages (Toyota baraka. – Naudy ; Clic, clac ! Kristy), un hold-up (La fête des mères. - Daeninckx), un suicide (La nuit du voleur. - Humbert), un incendie criminel (Tchao Grumeau ! - Cohen)...&lt;br /&gt;- Le lecteur, même petit est loin d'être innocent. C'est à sa part de perversité, plutôt, que je m'adresse. Et ce n'est pas ce triste catalogue de la Manufacture des larmes et alarmes de Souris noire.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Pour quelques caramels, j'étais devenu un criminel. Un vrai. Avec un mort.&quot; &lt;/em&gt;(Crime caramel. - Craipeau)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;qui est l'horreur. C'est que ça existe ailleurs que dans les livres.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&quot;C'est à cause de la guerre... Ça va recommencer, ils l'ont dit à la télé, avec la bombe atomique et tout... La guerre, je l'ai faite moi, et j'ai eu tellement faim, tellement faim, si vous saviez...&quot;&lt;/em&gt; (Dans les plumes. - Bouquet)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- On ne va pas me reprocher toutes les mauvaises nouvelles du monde... Je ne suis qu'une petite souris d'encre et de papier, à la fin…&lt;br /&gt;- Tu ne sais pas ce que tu veux, Souris cyclothymique. Tu revendiques, tu geins... Tu es moins sûre de toi que tu veux bien 1'affirmer...&lt;br /&gt;- C'est la constance de vos critiques, hypocrites prescripteurs, qui me navre. Moi, je sais qui, dans mes histoires est un héros, un salaud ou une victime...&lt;br /&gt;- Des noms, des noms... Souris vengeresse !&lt;br /&gt;- Pas vengeresse, lucide. Si tu veux des noms, relis-moi, je suis claire. Allez, deux ou trois salauds, pour te faire plaisir :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;- C'est lui ? dit méchamment le commissaire. - Oui, c'est cette vermine ! répondit le notaire.&quot;&lt;/em&gt; (Sous la lune d’argent. - Fajardie)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Les jumeaux Flick (Sous la lune d’argent. - Fajardie ), Karel Kolesterol (Crime caramels. - Craipeau), Crapaudot (Tchao Grumeau ! - Cohen), et même Madame Camife (On a volé le Nkoro Nkoro. - Jonquet). &lt;br /&gt;- On voit bien là ta filiation soixante-huitarde, Souris rouge.&lt;br /&gt;- Les souris soixante-huitardes sont des souris comme les autres !&lt;br /&gt;Plus sérieusement, je n'ai gardé de cette époque que l'exigence morale ; je ne défends pas de ligne politique et ne réfère à aucun comité central.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Mais chez nous, en plus des dictées et du calcul, je devais enseigner le respect pour le colonel, l'adoration pour le général, plus le parti, plus la prière, plus marcher au pas... et toute la mort de leurs os !&quot;&lt;/em&gt; (Toyota barraka. - Naudy)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Je suis une souris noire qui ne refuse pas de coiffer le bonnet rouge, voilà tout. Mais pas de prêchi-prêcha. La moralité, si moralité il y a, c'est au lecteur de 1'écrire.&lt;br /&gt;- Mais tes fictions noires, rusée Souris, sont des pièges pour le lecteur : il se met en route pour trouver la solution d'un bon petit mystère, et se trouve embarqué pour un roman glauque, dans lequel il est pris à partie.&lt;br /&gt;- Tout doux ! Chez Souris noire, on trouve de tout ! J'ai en magasin aussi bien le roman de mystère que la tranche de vie bien épaisse.&lt;br /&gt;- Par exemple, souris samaritaine ?&lt;br /&gt;- Fastoche !&lt;br /&gt;Qui a tué les canaris d'Alexandre ? Vous le saurez en suivant l'enquête qu'il mène avec son père (Le piège d’Alexandre. - Martin).&lt;br /&gt;La marchande de bonbons est-elle une sorcière qui a enlevé Pierrot ? Rémi, un nouveau Marlowe vous l'apprendra (L’œil de Belzébuth. - Craipeau).&lt;br /&gt;Cornin Bouchon, le fermier d'à côté a-t-il assassiné un enfant ? Nos deux jeunes héros vont s'employer à percer ce mystère. (Le crime de Cornin Bouchon. – Marie &amp; Joseph)&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Avec mon bout de fer à travers le trou de la serrure, j'ai poussé la clé pour qu'elle tombe côté couloir. J'ai essayé dix fois avant de réussir. Gling, elle est tombée sur mon carton que j'ai doucement tiré vers moi avec précaution... Un jeu d'enfant aurait dit Columbo, et justement je suis une enfant.&quot; &lt;/em&gt;(Le piège d’Alexandre. - Martin)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- On baigne dans les stéréotypes du polar, Souris pasticheuse.&lt;br /&gt;- Moi, je dirais plutôt que je mythologise du roman policier.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Je m'y connais en voiture , ça c’est une voiture de parents formidables, américains, même !&quot; &lt;/em&gt;(Voleurs de parents. Garnier)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Je ne pastiche pas, je féconde la culture polar, je lui fais des petits. Et mes petits souriceaux noirs ont des oncles aussi considérables que Perrault (Six assassins assassinés. - Dagory), Lewis Carroll(On a volé le Nkoro Nkoro. - Jonquet), Raymond Chan-dler (L’œil de Belzébuth. - Craipeau), Vladimir Nabokov (La nuit du voleur. - Humbert), Charles Williams (La pêche aux caramels. - Périgot), pour les plus flagrants, sans oublier les cousins par alliance, Forton (Le maître voleur. - Grimm ), et Charles Laughton (La nuit du voleur. - Humbert).&lt;br /&gt;Une sacrée famille, que je trimballe ! Une galerie d'ancêtres garantie grand teint. Alors, qu'on ne vienne pas me chercher des puces dans le pelage !&lt;br /&gt;- Loin de moi cette idée, Souris mégalo ! Mais ne mets-tu pas en avant ces grands noms pour cacher les turpitudes de tes héros de papier ?&lt;br /&gt;- Tu y reviens toujours, opiniâtre questionneur !&lt;br /&gt;Non, pas de turpitudes, seulement des instantanés.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Grand-père lisait le journal du mois dernier, avec le doigt et le nez. Le verre de pastis trônait au milieu de la page. Le cassoulet William Saurin fumait dans les assiettes.&quot;&lt;/em&gt; (La pêche aux caramels. - Périgot).&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Je ne veux plus y revenir. Le roman noir, je l'ai déjà dit, est la meilleure chronique de l'époque. Mes livres ne sont pas décoratifs, délicatement ornementaux. Ils donnent à voir, par les yeux des enfants, des moments de crise dans la vie de tous les jours.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;C'est à partir de ce jour que certains mots revinrent plus souvent dans les conversations à la maison. Des mots faciles comme &quot;travail&quot; et « économies ». D'autres plus compliqués comme « assédic » et « licenciements »&quot;. &lt;/em&gt;(La fête des mères. - Daeninckx)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Les crises révèlent.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&quot;J'entendais chuchoter partout où je passais : &quot;Son père est en prison, son père est en prison...&quot; &lt;/em&gt;(Le monstre du lac noir. - Jaouen)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Le meilleur , comme le pire. Ou l’entre-deux, ni pire, ni meilleur, comme souvent dans la vie. Là encore, mes héros d'encre sont plus vrais que nature. Ils existent comme emblèmes...&lt;br /&gt;Mais... J'entends des pas...&lt;br /&gt;Adieu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;BOUM ! BOUM ! BOUM ! Ouvrez ! Police !&lt;br /&gt;- Entrez, messieurs ! Vous cherchez ?&lt;br /&gt;- Bonjour, Brigade raticide. Nous sommes à la recherche d'une certaine Noire, Souris. Connaissez ?&lt;br /&gt;- Certainement, elle vient de partir par ce trou de souris, là. &lt;br /&gt;- Damned ! Encore raté ! Voilà deux ans qu'elle nous échappe régulièrement !&lt;br /&gt;- Mais, si je peux me permettre, qu'est-ce qu'on lui reproche ?&lt;br /&gt;- Incitation de mineurs à la lecture !&lt;br /&gt;- C'est grave ?&lt;br /&gt;- Ça fait réfléchir !
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<title>Claro – Madman Bovary</title>
<link>http://ingirum.blogspirit.com/archive/2008/02/20/claro-–-madman-bovary.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Claro</category>
<pubDate>Wed, 20 Feb 2008 18:45:00 +0100</pubDate>
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La littérature de jeunesse connaît depuis longtemps le phénomène. Un conte,&lt;em&gt; Le Petit Chaperon rouge&lt;/em&gt;, y est mis à toutes les sauces. On ne compte plus les chaperons roses, bleus ou verts, les filles, sœurs, ou petites-filles du Chaperon… C’est ce qui est en train de se produire depuis quelques lustres pour des lecteurs plus adultes avec &lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt;. Le roman flaubertien sert de matrice à toutes sortes de séquelles qui font le tour de la famille Bovary. &lt;br /&gt;La perspective de Claro est différente. Son narrateur, le madman n’entreprend pas de broder une suite ou un épisode précurseur du roman. Il se glisse plutôt entre les lignes, investit les interstices, quitte à les élargir. Il y creuse son trou. &lt;br /&gt;Il s’agit d’un homme délaissé ; son amour, Estée, l’a abandonné. Il ne trouve sur le coup comme remède que de se plonger dans une énième relecture de Madame Bovary. Ça ne tourne pas rond dans sa tête et la prose flaubertienne n’arrange pas les choses. Des membres de phrases de Gustave remontent à la surface du texte. Le narrateur s’en empare, les triture. Il se transforme en puce, visite le labo d’Homais :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« C’est Homais qu’il me faut ! Non pas l’Homais impie qui croit en l’Être suprême et rêve d’une large phlébotomie mensuelle du corps religieux dans l’intérêt de la police des mœurs. Pas l’Homais, roué apothicaire et coryzaphobe acharné. Pas l’Homais qui lit Voltaire. Pas l’Homais admonesté par le procureur du roi pour exercice illégale [sic] de la médecine. Pas l’Homais qui adresse seulement quelques félicitations provisoires à Emma après la naissance de sa fille. Pas cet Homais là. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;La lecture de &lt;em&gt;Madame Bovary&lt;/em&gt; ne guérit pas le madman :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« Estée devient Emma devient la gatée-pourrie de Charles dont la casquette, quelques milliards de pages plus tôt, crée le chaos dans cette salle de classe où ce monstre de Proviseur vient d’introduire – l’inconscient ! – du nouveau dans l’ancien, avec la délicatesse d’un vétérinaire palpant l’utérus bovin. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Le texte de Claro est un très bel exercice de style. Un peu vain peut-être, mais qui réjouira les formalistes attardés au nombre desquels je me compte.&lt;br /&gt;A maintenir ouvert sur son écran pendant la lecture de &lt;em&gt;Madman Bovary &lt;/em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.zoulous.com/bovary/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;cet atelier&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;Petite bibliothèque bovarienne :&lt;br /&gt;Patrick Meney, &lt;em&gt;Madame Bovary sort ses griffes,&lt;/em&gt; 1988.  &lt;br /&gt;Raymond Jean, &lt;em&gt;Mademoiselle Bovary&lt;/em&gt;, 1991.  &lt;br /&gt;Maxime Benoît-Jeannin, &lt;em&gt;Mademoiselle Bovary&lt;/em&gt;, 1991.&lt;br /&gt;Jean Amery, &lt;em&gt;Charles Bovary, médecin de campagne&lt;/em&gt;, 1991&lt;br /&gt;Jacques Cellard, &lt;em&gt;Emma, oh ! Emma&lt;/em&gt;, 1992.&lt;br /&gt;Laura Grimaldi, &lt;em&gt;Monsieur Bovary&lt;/em&gt;, 1995 &lt;br /&gt;Marc Girard, &lt;em&gt;La passion de Charles Bovary&lt;/em&gt;, 1995&lt;br /&gt;Posy Simmonds, &lt;em&gt;Gemma Bovery&lt;/em&gt;, 1999 &lt;br /&gt;Philippe Doumenc, &lt;em&gt;Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary&lt;/em&gt;, 2007
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<title>Tove Jansson - Moomin et les brigands</title>
<link>http://ingirum.blogspirit.com/archive/2008/02/07/tove-jansson-moomin-et-les-brigands.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Jansson Tove</category>
<pubDate>Thu, 07 Feb 2008 19:30:00 +0100</pubDate>
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&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/media/01/00/53591d9b75eb563ab640ac0de8a9d53a.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/media/01/00/ec1a5c1231f0ef954eb489c67f922324.jpg&quot; id=&quot;media-132529&quot; title=&quot;&quot; alt=&quot;53591d9b75eb563ab640ac0de8a9d53a.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il a fallu attendre près d'un demi-siècle pour voir éditées en France les bandes dessinées de Tove Jansson et de son frère Lars. Pourtant ses romans y ont connu depuis longtemps un certain succès, et la reconnaissance internationale de son oeuvre aurait pu attirer un éditeur sagace. On ne peut s'expliquer la timidité de l'édition française, tant on a, en lisant cet album, le sentiment de tenir entre les mains un petit chef-d'oeuvre. D'ailleurs le jury du festival d'Angoulême ne s'y est pas trompé qui a récompensé cette résurrection. &lt;br /&gt;Pour les malheureux qui n'ont jamais lu les romans de Tove Jansson, les Moumine sont une famille de trolls dont le physique évoque l'hippopotame pensif. Mounine, le héros est un jeune troll un peu peureux, il vit avec Papa Moumine, qui se rêve aventurier et Maman Moumine plus terre-à-terre et protectrice. Ils sont entourés d'un aréopage de comparses et de seconds couteaux qui introduisent un gentil délire dans le monde simple et gelé de la vallée de Moumine. Snif, la Demoiselle Snorque, le Renaclerican, l'Emule, les Hatifnattes, tout un bestiaire de bestioles improbables qui vivent au bord d'un fjord finlandais. Ils vivent des aventures minuscules en apparence, mais qui peuvent prendre des proportions inquiétantes. Car toujours derrière l'aspect bonasse des aventures resurgissent les inquiétudes enfantines. La jalousie, la peur de l'abandon, la curiosité de la mort sont bien présentes dans les livres de Tove Jansson. Elle imagine jusqu'à la préfiguration de notre puéril omniprésident en la personne de Snif, velléitaire fier-à-bras qui désire par-dessus tout devenir riche et célèbre. Tout ce petit monde fantasmagorique joue une comédie plus qu'humaine qui s'adresse aussi bien aux enfants curieux qu'aux adultes qui le sont resté.&lt;br /&gt;L'album reprend des aventures qui ont été publiées en strips dans la presse britannique entre les années cinquante et soixante-dix. Le graphisme en est étonnamment moderne. Dépouillé, sans effets, il repose sur la pureté de la ligne et s'apparente à ce que faisaient les meilleurs dessinateurs du New-Yorker à la même époque. &lt;br /&gt;Si vous appréciez &lt;em&gt;Moomin et les brigands&lt;/em&gt;, n'hésitez pas à lire les romans, particulièrement le dernier &lt;em&gt;Papa Moumine et la mer&lt;/em&gt; qui est un récit philosophique délectable.&lt;br /&gt;Un seul regret, pourquoi avoir repris le nom anglais des personnages alors qu'il existe depuis longtemps une transcription française parfaite.&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/media/00/00/9f8bb3e2d313e3931cdd0075c2b00257.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/media/00/00/05c747508d1b454f57e1e89b50bb4b50.jpg&quot; id=&quot;media-132530&quot; title=&quot;&quot; alt=&quot;9f8bb3e2d313e3931cdd0075c2b00257.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
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<title>Stephan Themerson – Ouah ! Ouah ! ou Qui a tué Richard Wagner ?</title>
<link>http://ingirum.blogspirit.com/archive/2008/02/01/stephan-themerson-–-ouah-ouah-ou-qui-a-tue-richard-wagner.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Oulipo</category>
<category>Themerson Stefan</category>
<pubDate>Fri, 01 Feb 2008 16:40:00 +0100</pubDate>
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Le narrateur, fasciné par les discours des orateurs de Hyde Park est saisi par l'inspiration : il monte sur un banc de pierre et se met à aboyer. Sur le même banc s'assied un vieil homme qui lit le catalogue de la Maison de Mme Addley Bourne, Département des Sous-Vêtements, 37, Picadilly Ouest. De la pure poésie.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« Le Temps transforme les réclames en poèmes, et le Temps transforme les poèmes en réclames, parce que le temps change le lecteur... »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Tout dérape. On prend désormais le narrateur pour un chien. On ne le comprend pas quand il parle ; en revanche s'il aboie si. Tout devient de plus en plus fou. Il rencontre à l'occasion d'un accident Lampadéphore Métaphraste, une ancienne relation devenue un personnage important et angoissé. c'est à ce moment que la police vient l'arrêter pour la mort du vieil homme rencontré sur le banc de Hyde Park :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;«- Je suppose qu'il ne s'appelait pas Frédéric Nietzsche, dis-je, comme on aurait pu dire : « Je suppose qu'il ne venait pas de la planète Mars. »&lt;br /&gt;- Non, répondit calmement l'enquêteur. À notre connaissance, il s'appelait Richard Wagner, Frédéric Nietzsche a été tué mardi et Henri Bergson vendredi matin. Je suppose que vous le saviez.&lt;br /&gt;- Messieurs ! Messieurs ! s'écria Lampadéphore Métaphraste, vous faites une grave erreur, Messiers ! Tous les écoliers savent que Richard Wagner est mort en 1883, Nietzsche en 1900 et Bergson en 1941.&lt;br /&gt;- Je peux vous montrer les cadavres encore frais, Monsieur, si vous voulez les voir, dit l'enquêteur. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Lampadéphore Métaphraste veut intervenir pour défendre son ancien ami, il est devenu Interprète :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« - Le Monde est plus compliqué que les vérités qui le concernent ; c'est pourquoi il faut les interpréter. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ce qui ne l'empêchera pas, comme le narrateur, d'être jugé et pendu. On n'échappe pas à la justice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette sotie écrite à l'orée des années 50 mêle dans le même récit &lt;em&gt;La métamorphose&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le procès&lt;/em&gt; de Kafka dans une atmosphère nonsensique. Themerson, membre obscur de l'Oulipo, est né en 1910 en Pologne, à Plock, c'est-à-dire nulle part. Émigré en France avant guerre, puis à Londres , il a écrit en anglais une soixantaine d'ouvrages qui ne l'on pas rendu célèbre. S'ils sont tous du même métal, c'est bien dommage.
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<title>Une enfance d'hier aujourd'hui</title>
<link>http://ingirum.blogspirit.com/archive/2008/01/28/une-enfance-d-hier-aujourd-hui-1.html</link>
<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Bande dessinée</category>
<category>Lectures d'enfance</category>
<pubDate>Mon, 28 Jan 2008 16:20:00 +0100</pubDate>
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&lt;strong&gt;Article publié en 1996.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;Aux vêpres de juin quand le latin chanté à tue-tête empourpre les joues et vibre comme une trompette sous la nef ensoleillée avec cette inutile ardeur qui glace d'ironie parfois le cœur insurgé, quand la cloche à toute volée carillonne dans les cours et qu'au fond d'une chambre étouffante se détourne le visage de celui qu'on cherche à capter par des caresses et d'intimes approches avant d'en venir à l'argument qui fait filer doux les enfants inaccessibles aux, conseils et à la raison, lorsqu'à l'heure chaude de l'étude où grince par les fenêtres grandes ouvertes l'archet d'un violoniste apprenti, le corps se voûte sur la leçon à repasser avec ce jeune fruit au ventre qui gonfle la culotte d'été et attire la main sous le pupitre, que les doigts barbouillés de craie s'embrouillent au tableau où un coup brutal vient rectifier la formule et qu'il faudra encore quitter son banc pour se balancer d'une jambe sur l'autre devant la chaire les mains au dos et s'offrir à la risée en oubliant tous les mots, le monde poursuit à distance le fiévreux mouvement de son histoire, ignoré en ces murs impénétrables où le temps se vit au passé sous une règle de fer. &quot;&lt;/em&gt; Louis-René Des Forêts (Ostinato) &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;- Dis bonjour à la dame !&lt;br /&gt;- Tu veux mon doigt ?&lt;br /&gt;- Mais ! Qu'est-ce que tu fabriques ?&lt;br /&gt;- C'est pour ton bien !&lt;br /&gt;- &quot;Merci&quot; qui ?&lt;br /&gt;- N'oublie pas ta capuche ?&lt;br /&gt;Que d'injonctions ! Six titres parus, quatre points d'exclamation, trois d'interrogation !&lt;br /&gt;Délibérément le lecteur est apostrophé. Mais est-ce bien à lui qu'on s'adresse ? Le propre de l'humour étant de feindre de s'adresser à quelqu'un pour parler à quelqu'un d'autre, on peut dire du Petit Spirou qu'il joue bien dans sa catégorie. Mais alors à qui s'adresse-t-il, s'il ne s'adresse pas à l'enfant d'une dizaine d'années qui semble être son lecteur naturel ? Il parle d'abord aux enfants qu'ont été ses auteurs, Tome et Janry aux noms joyeusement polysémiques. Il parle ensuite à tous les enfants qu'on a tous été. Il parle à tous les enfants qu'ont été les enfants de dix ans. Tout le secret du Petit Spirou est dans ce recul ironique, ce décalage de quelque temps qui permet de voir de l'enfance un tas de petits secrets, si peu misérables, réagencés, filtrés par la feintise d'y être encore.&lt;br /&gt;C'est que derrière les doubles sens transparents de ces injonctions, il est question de ce qui perce toujours sous l'humour, et qu'on voit rarement transparaître dans les livres pour enfants, le pouvoir et le sexe, ou plutôt le sexe et le pouvoir. Six albums — pour l'instant — pour se replonger dans une période dite de latence où les choses du sexe, encore bien mystérieuses, ordonnent l'existence d'un petit rouquin sur-infantilisé par son costume de groom.&lt;br /&gt;La seule question qui vaille, chantée par ailleurs : qu'y a-t-il sous les jupes des filles ? À celle-ci le Petit Spirou va s'efforcer de trouver une réponse. Mais la quête est forcément déceptive pour être éternellement réitérable (c'est la loi de la série). La question de la différence sexuelle —trilili ou roudoudou — est la grande affaire qui préoccupe jour et nuit le Petit Spirou, ses copains, en tête desquels Antoine Vertignasse son alter ego, mais aussi les filles. Suzette Berlingot, présentée comme sa fiancée officielle, (dont le nom signifie à la fois sucrerie et clitoris ou pucelage en argot) et ses amies cèdent à la même interrogation fondamentale. Elles organisent comme les garçons des séances diapos coquines pour approcher ce mystère, quand elles ne se cachent pas dans une armoire pour espionner un rendez-vous galant entre le Petit Spirou et Suzette, avec la complicité de cette dernière.&lt;br /&gt;À ces jeux du trilili, le Petit Spirou risque plusieurs fois de laisser le plus cher de lui-même. Les fantasmes de castration, récurrents, viennent rappeler que tout cela n'est pas sans dangers (ce que souligne aussi un titre comme N'oublie pas ta capuche) même si la multitude d'objets tranchants qui menacent le trilili du Petit Spirou l'épargnent toujours au final.&lt;br /&gt;La sexualité enfantine, dans ce monde du souvenir, si elle était laissée au contrôle des enfants seuls, serait un vert paradis. Mais les adultes veillent. Ils sont représentés principalement par deux personnages symboliques qui régissent l'un l'ordre du corps et l'autre l'ordre de l'âme. Le pouvoir qu'ils incarnent, comme de juste dans une bande dessinée (et même parfois ailleurs), est stupide, et ses représentants aveugles.&lt;br /&gt;L'âme est la préoccupation professionnelle de l'abbé Hyacinthe Langélusse, abbé en soutane. La soutane, dans son cas, n'est pas une robe sans sexe, comme les adultes font semblant de le croire, mais une robe anti-sexe qui traque le malin jusque dans les cabinets d'où s'échappe la fumée démoniaque des premières cigarettes. Sous sa soutane battent d'autres intérêts — le jeune André-Baptiste, belle âme de délateur, tout le portrait de son père, en est la preuve vivante. Quoi qu'il en soit l'abbé traque tout ce qui pourrait ressembler à un plaisir fugitivement arraché à cette chienne de vie d'écolier. Il serait l'ennemi numéro un des enfants si son aveuglement face à la vie réelle, tout empêtré qu'il est dans ses propres fantasmes, n'en faisait en définitive le complice involontaire de ses jeunes ouailles, les entraînant tantôt dans au cabaret crapoteux de Gaudriol-sur-Gironde, tantôt dans un cinéma porno — malignité du retour du refoulé.&lt;br /&gt;Le pouvoir c'est aussi la force avachie de monsieur Désiré Mégot le professeur de gymnastique. Faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais. Discours qu'il ne cesse de manier avec une inconscience qui fait plaisir à voir. Qu'une jeune femme vienne à passer dans les alentours du sportif tabagique et houblonophile, aussitôt le voilà qui tente de rentrer son ventre et de faire oublier trente années de vie en désaccord avec ses propres principes, à la grande joie de ses élèves qui guettent là encore le retour du refoulé qui ne manque jamais de survenir, anéantissant les efforts dérisoires du professeur. Ses prétentions de coq de village en font, malgré les redoutables punitions qu'il distribue, la victime toute désignée des farces vengeresses des enfants. Du côté de l'ordre encore, le surveillant général, tyranneau terrorisé à la maison par une mère à la carrure de première ligne de rugby. L'image de l'ordre et de l'autorité dont ces trois figures sont les hérauts ne peut que rasséréner les jeunes victimes de l'ordre du temple scolaire et leur permettre de compenser dans la fiction le quotidien.&lt;br /&gt;Heureusement, tous les adultes ne sont pas semblablement acharnés à éradiquer le plaisir de la vie des enfants. Claudia Chiffre, l'enseignante préférée du Petit Spirou, est généralement bienveillante, même si elle n'est pas toujours consciente des ravages que produit son physique de mannequin parmi les rangs masculins de sa classe. Mais surtout le Petit Spirou a trouvé parmi les adultes un complice, son grand-père, prêt à toutes les sottises pour l'aider à faire ses expériences. L'enfance et le troisième âge, à l'écart de la société des adultes productifs, sont, dans la série de Tome et Janry, curieusement homothétiques. Les couples ne s'y rencontrent qu'à la sauvette dans des carcasses de voitures abandonnées, le square et son bac à sable y sont le lieu central de la drague et par-dessus tout l'amour est le seul souci, commun aux deux extrémités de la vie.&lt;br /&gt;Rien de démonstratif dans les albums du Petit Spirou. Tout passe par l'humour — l'humour, pas le comique. C'est-à-dire qu'à la fabrique traditionnelle de gags comiques à la Greg ou Cauvin, pain quotidien des éditions Dupuis, les auteurs ont adjoint une petite annexe dans laquelle un malin esprit a pour charge de dérégler la mécanique, grossissant les effets, les déclinant à l'absurde, les tirant vers l'improbable et surtout les enduisant de libido.&lt;br /&gt;La vraie vie existe donc, à l'écart du champ de production, et elle est belle. La sexualité s'y oppose au pouvoir ; elle est découvertes et promesses ; il est enfermement et refoulement. Telle est la morale du Petit Spirou à l'usage des enfants. Mais cette lecture saine quoique simpliste n'est pas nécessairement celle des adultes, car s'immisce forcément entre l'album et eux, la nostalgie. L'uchronie particulière de la série, qui mêle toutes les strates de l'après-guerre, ne peut que les entraîner sur la voie des remembrances et ratiocinations sur un temps perdu à jamais recherché, un temps magnifié par l'écart ravivé par Tome et Janry.
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<title>Fabrice Gaignault – Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs et surtout de ceux qui ne le sont pas</title>
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<author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
<category>Histoire littéraire</category>
<pubDate>Sat, 26 Jan 2008 16:47:55 +0100</pubDate>
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Ça ne va peut-être pas être une révélation pour mes lecteurs attentifs et subtils, mais pour moi c'en fut une : j'suis snob. Le dictionnaire de Gaignault, qui s'y connaît vraisemblablement en snobisme classe un certain nombre des écrivains qu'on fréquente sur ce blogue parmi les auteurs pour snobs : &lt;br /&gt;André Blanchard, Julien Gracq, Frédéric Pajak, B. Traven ou Zo d'Axa y ont droit à leur entrée. D'autres apparaissent au fil des pages, tangents ou contigus au snobisme littéraire tel que l'entend l'auteur. Je suis bien étonné. L'idée que Traven ou Zo d'Axa appartiennent à la littérature pour snobs m'amuse. Toute leur vie montre leur absolue ignorance de ce concept. &lt;br /&gt;Pourtant l'intuition de Fabrice Gaignault n'est pas stupide : il existe des lecteurs qui aiment à sortir des sentiers les plus battus et qui se faisant se retrouvent et se regroupent derrière des écrivains de valeur qui n'ont connu que des succès d'estime ou qui sont tombé dans un relatif oubli. Est-ce snobisme de lire Gracq plutôt que Jean d'Ormesson ?&lt;br /&gt;Finalement, le &lt;em&gt;Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs etc.&lt;/em&gt; se révèle une mine si on recherche des petits maîtres peu connus malgré leur talent. Je lirai un jour Édouard Dujardin, Guy Dupré (d'autant plus que je viens de le découvrir dans le dernier numéro du &lt;em&gt;Magazine des livres&lt;/em&gt;), Pierre Herbart, ou Maurice Rollinat dont je ne savais que le faon bramant au clair de lune.&lt;br /&gt;Le principal reproche qu'on peut faire à ce dictionnaire est qu'il mélange constamment deux sources. D'une part les écrivains pour happy few, parmi lesquels on peut trouver des paillettes d'or, de l'autre les dandies et assimilés (Adrien, Bannier, Minoret, Pacadis et quelques autres qui oeuvrent effectivement pour une camarilla littéraire). Ces derniers sont généralement de peu d'intérêt et ne survivront pas ailleurs que dans les mémoires de leurs semblables.&lt;br /&gt;Quant à expédier Proust en trois lignes quand Olivier Merlin bénéficie d'une page, c'est pur snobisme.
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