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09 février 2007

Will Eisner – Jacob le cafard

J’avais été sévère pour le dernier roman graphique de Will Eisner, Le complot. La réédition — dans une nouvelle traduction augmentée — du deuxième volume de sa trilogie Pacte avec Dieu sous le titre Jacob le cafard (son précédent titre était Le Bronx) nous rappelle combien il fut un auteur majeur.
Jacob Shtarkah habite Dropsie Avenue dans le Bronx. Il vient de construire pendant cinq ans une école pour la synagogue. Il finit ce chantier au moment du krach de Wall Street. Il approche de la soixantaine, et n’a aucune chance de retrouver un travail. En rentrant chez lui, il a malaise cardiaque. Allongé sur le trottoir, il observe la plus vile des créatures, un cafard tombé sur le dos. Il compare sa vie à celle du cafard. Leur volonté de survivre est la même. Jacob va, au gré des circonstances, réussir à surnager durant plusieurs années. Et même mieux, il va parvenir à une petite aisance. Il est un cafard prospère. On est maintenant en 1934, Jacob reçoit une lettre d’Allemagne. Elle est signée par une ancienne fiancée qui lui demande de l’aide. Elle et sa famille sont pourchassés par les nazis. Etre un cafard ne suffit plus. Jacob, à coups de petites compromissions avec la mafia, sauve Frieda et entrevoit un avenir pleinement humain. Las, l’avenir est remis à plus tard. Une poignée de personnages secondaires, aussi attachants que Jacob, donne de l’épaisseur à cette tranche de vie : son épouse Rifka, yiddish mama qui manipule leurs enfants amoureux de goy ; Elton Shafsbury II, le fils de famille ruiné qui emménage dans l’immeuble de Dropsie Avenue ; Angelo, l’immigré clandestin italien tenu par la Main noire, mafia qui a financé son voyage, l'associé de Jacob… C’est un concentré de la vie du quartier dans les années de la grande Dépression qui s’agite devant nos yeux.
Tout au long de l’album, Eisner tient son parti ; la métaphore filée demeure dans l’esprit du lecteur, bien qu’Eisner soit plus économe de cet effet qu’à son ordinaire. En revanche, la virtuosité de sa composition est remarquable. S’enchaînent dans un apparent désordre vues générales du quartier du Bronx, scènes d’intérieur, gros plans à échelle de cafard, manchettes de journaux, lettres échangées avec Frieda, sans que jamais la fluidité de la lecture ne soit entravée. Will Eisner est réellement le créateur de tout un champ de la bande dessinée contemporaine, autobiographique et complexe. C’est suffisant pour que je l’aime.

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Le site officiel de Will Eisner

15:50 Publié dans Eisner Will | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Will Eisner