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        <title>In girum imus nocte et consumimur igni - duras_marguerite</title>
        <description>Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu</description>
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        <lastBuildDate>Fri, 25 Apr 2008 10:50:54 +0200</lastBuildDate>
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                <title>La tristesse d'Ernesto</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
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                                <category>Lectures d'enfance</category>
                                                <pubDate>Mon, 10 Apr 2006 14:35:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    &lt;strong&gt;De toute l'œuvre de Marguerite Duras, son unique livre pour enfants (édité en 1971 chez Harlin Quist) est sans doute le plus méconnu. Pourtant, il contient en germe plusieurs thèmes sur lesquels elle reviendra. Il pose sous les couleurs de l'humour des questions capitales pour elle, et peut-être pour nous. Il faut aujourd'hui où l'école est à nouveau au centre de la réflexion politique relire cet album, qui en quelques phrases conteste radicalement toute entreprise d'enseignement.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/images/medium_bonhommeharlinquist.2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;border-width: 0; float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;Deux phrases insensées, insensées, inouïes dans la bouche d'Ernesto :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot;- Je ne retournerai plus à l'école. [...] Parce que à l'école on m'apprend des choses que je ne sais pas. &quot;&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Sur ces deux phrases, Marguerite Duras reviendra ultérieurement à deux reprises (1), réorientant les perspectives, réorganisant son monde autour d'elles. Mais telles qu'elles apparaissent brutalement au début d'Ah ! Ernesto tout est déjà dit, déjà joué.&lt;br /&gt;Trois ans après mai 1968, la sotie de Marguerite Duras, publiée par l'éditeur pour la jeunesse le plus dérangeant de l'époque, sous le masque de la fable non-sensique, interpelle le système éducatif dans ses substructions.&lt;br /&gt;Quatre personnages dialoguent, Ernesto, sa mère, son père, et le maître d'école. Par leurs brefs échanges, desquels l'absurde naît de l’incompréhension mutuelle, le lecteur voit se révéler deux univers en décalage, celui de l'individu et celui des convenances sociales. Bien sûr, dans l'initiale parole enfantine, vraisemblable, jamais pareil discours, invraisemblable, ne trouva sa source. De telles voix n'existent que dans la tête de Marguerite Duras, des voix si prégnantes qu'elle les entendra à nouveau dire les mêmes choses, et bien d'autres, dans La Pluie d'été. Que disent-elles précisément ? Que, comme le maître est incapable de reconnaître l'enfant,&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« - C'est vous Ernesto ? demande-t-il. &lt;br /&gt;- Exact, dit Ernesto.&lt;br /&gt;- En effet ! dit le maître, en effet... je ne vous reconnais pas.&lt;br /&gt;- Moi si, dit Ernesto. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;l'enfant est incapable de reconnaître l'école, n'a pas besoin de reconnaître l'école. Que dans la photo du président, il ne reconnaît qu'un bonhomme, et que du papillon épinglé dans sa boîte, il ne voit que le crime de sa capture.&lt;br /&gt;Face à l'affliction des trois adultes forts de leurs certitudes sociales, qui ne peuvent pas le suivre sur ce terrain, l'enfant Emesto ne se démonte pas. Il a une solution.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;«- Mais comment, continue le maître finaud, comment l'enfant Ernesto envisage-t-il d'apprendre ce qu'il sait déjà ? Hein ! ...&lt;br /&gt;- Tiens ! mais c'est vrai !... s'exclament admiratifs les parents.&lt;br /&gt;Ernesto fronce les sourcils et riposte &lt;br /&gt;- En rachâchant&lt;br /&gt;- Qu'est-ce-que-c'est-que-ça ? demande la maître avec soupçon.&lt;br /&gt;- Une nouvelle méthode, répond candidement Ernesto. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/images/medium_les_enfants1.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://ingirum.blogspirit.com/images/medium_les_enfants1.jpg&quot; alt=&quot;medium_les_enfants1.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0; margin: 0.7em 0;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;strong&gt;                             (Ernesto Dussolier dans le film &lt;em&gt;Les enfants&lt;/em&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il joue le jeu de l'éducation, telle qu'en elle-même toujours elle change. Méthode, nouvelle méthode, réforme, nouvelle réforme. Ernesto ne s'affole pas, il saura lire, écrire, compter, par la force des choses. Et puis d'ailleurs, il sait déjà le plus important.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« NON, je sais dire NON, et c'est bien suffisant.&lt;br /&gt;Il sort laissant les adultes seuls. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;C'est à eux qu'il revient de conclure.&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« - C'est-y-vrai que ça saura lire un jour ? demande la maman.&lt;br /&gt;- Lire et compter ? dit le papa.&lt;br /&gt;- Oui lire et compter ?... et aller et venir&lt;br /&gt;Conduire et pas ?... Boire et manger ? ...&lt;br /&gt;Travailler, travailler, travailler encore ? ...&lt;br /&gt;Se tromper et pas ? et tout leur machin et&lt;br /&gt;leur saint Frusquin ?…&lt;br /&gt;Le maître la regarde avec des yeux vides. Le papa d'Ernesto est au garde-à-vous.&lt;br /&gt;-Hélas ! dit le maître avec beaucoup&lt;br /&gt;d'emphase, hélas! madame OUI. »&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au NON d'Ernesto, le OUI du maître répond, au NON du choix, répond le OUI de l'acceptation résignée. Dans la tête de Marguerite Duras, la voix d'Ernesto couvre celle des adultes. Sous l'apparence absurde de l'énoncé s'est dit quelque chose de profond. L'école, ça ne sert pas à ce qu'on croit, surtout quand, comme les parents d'Emesto, on attend d'elle, avec une bonne foi naïve, qu'elle vous élève.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les journaux nous inondent d'articles, les sociologues d'études qui nous disent chiffres à l'appui que le capital culturel va au capital culturel. Que l'école n'agit que sur les marges. Duras - et c'est plus sensible encore dans &lt;em&gt;La Pluie d'été&lt;/em&gt; qui voit Ernesto, âgé de douze ans, en venir tout seul, après avoir fait son plein de la chimie, à se pencher sur la philosophie allemande - dans sa remise en cause de l'école nie les vérités sociologiques, pour ne les rejoindre que sur le constat d'impuissance de l'école. L'idée d'un savoir immanent qui toucherait de son aile tout enfant, pour peu qu'il eût le cœur pur (2), ne pouvait que séduire les contempteurs de l'Éducation Nationale, en ces temps de spontanéisme et d'angélisme révolutionnaire. Un quart de siècle plus tard, alors que la scolarisation tend à se prolonger jusqu'à l'âge du RMI, une représentation aussi simpliste de l'école et de ses fonctions sous son apparent parti pris de dérision, redevient peut-être d'actualité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'économie des moyens employés par Duras, phrases courtes, mots élémentaires, dialogues laconiques rend sans doute le livre lisible par de jeunes enfants. Les couleurs pétantes de Bernard Bonhomme, son esthétique Push Pin Studio (qui tient des Beatles et de Jean-Christophe Averty), en font un objet attirant, à l'égal des friandises de foire. Mais une lecture au premier degré, enfantine, n'en peut saisir que l'absurdité. Le rire qui en naît est un rire bon enfant, d'un enfant sage, qui sait lire, et parfois rire. L'objet en est Ernesto, ce pauvre Ernesto et son incommensurable prétention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les voix qui parlaient dans la tête de Duras parlaient à une adulte. C'est pourquoi les enfants ont du mal à la comprendre. Il lui a fallu réécrire cette histoire bien plus tard, quand l'alcool et la vieillesse la rapprochaient de l'enfance. Elle l'a fait pour les adultes. Qui à leur tour ont du mal à la comprendre. Emesto, c'est l'histoire d'un malentendu. Une histoire drôle quand elle est triste et triste quand elle est drôle. L'histoire d'un enfant adulte et d'une adulte enfant. C'est la mise en histoire d'une conception du savoir qui devient vraie à force d'être fausse. C'est un paradoxe, illustré de petits soldats des troupes coloniales, d'Oncle Sam, de papillon, de balance de Roberval et de nègres aux dents blanches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est ce qu'on peut écrire de plus drôle avec aussi peu de mots, de plus désespéré aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Dans son film &lt;em&gt;Les Enfants&lt;/em&gt; (1984) et dans &lt;em&gt;La Pluie d'été&lt;/em&gt;. -P.O.L., 1990.&lt;br /&gt;2 - Exemple de cette conception de l'immanence du savoir pris dans &lt;em&gt;La Pluie d'été&lt;/em&gt; : &lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;&quot; - Comment t'aurais pu lire ce livre, espèce de crétin, puisque tu sais pas ? Que lire t'as jamais su »&lt;br /&gt;Ernesto disait que c'était vrai, qu'il ne savait pas comment il avait pu lire sans savoir lire. Il était lui-même troublé.&quot; &lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;
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                <title>Cahier de l'Herne n°86 - Marguerite Duras</title>
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                <author>noreply@blogspirit.com (Didier DELABORDE)</author>
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                                                <pubDate>Sun, 09 Apr 2006 10:25:00 +0200</pubDate>
                <description>
                    Nous sommes entrés depuis quelques semaines dans une période Duras. Les publications pleuvent. On avait gardé d’elle l’image des dernières années de sa vie, obscurcies par l’alcool et le succès. Elle était à la fois Margot la midinette et la grande pythie. C’est très injuste. On ne dira jamais assez combien elle était demeurée en même temps un des écrivains majeurs de l’époque. Les &lt;a href=&quot;http://champignac.hautetfort.com/archive/2006/04/07/une-histoire-pudique.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;petits pastiches&lt;/a&gt; (elle est aussi facile à pasticher que Péguy, et alors ?), les critiques à l’emporte-pièce, le fiel revendiqué (le papier de Charles Dantzig, encore lui, dans le dernier numéro du &lt;em&gt;Magazine littéraire&lt;/em&gt;) masquent difficilement le sentiment de supériorité masculine de leurs auteurs. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le numéro 86 des &lt;em&gt;Cahiers de l’Herne&lt;/em&gt; qui lui est consacré, par la diversité des éclairages et la richesse des témoignages qu’il déploie, apporte la preuve, s’il en était besoin, qu’elle ne fut pas la précieuse ridicule d’un néo-lacanisme ou d’un néo-blanchotisme que certains se plaisent à dauber. Que ceux-ci lisent en particulier le chapitre abordant le versant théâtral de son œuvre, les souvenirs des comédiens qui ont travaillé avec elle pour mesurer qu’on est loin des vaticinations de vieille femme saoule qu’ils imaginent. &lt;br /&gt;Tous les fragments, lettres, projets écrits par Duras que rassemble ce volume, qu’il faut bien appeler des fonds de tiroirs, montrent que son travail est toujours musical, même dans ses notes d’épicerie. Il ne faut pas attacher grande importance aux idées de Duras. Ce qui est constant c’est sa recherche d’un rythme, d’un souffle, d’une incantation, d’une scansion personnels de la langue. Par exemple, un bref extrait d’un texte inédit, &lt;em&gt;Deauville et la mort&lt;/em&gt;, choisi vraiment au hasard :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;em&gt;« C’était sauvage. C’était face à l’océan. C’était […] le Louvre en Camargue, l’Opéra de Paris dans le Grand Nord, la Concorde au Sahara. C’était sauvage et construit d’une architecture admirable, « déplacée ». La grande lignée des hôtels était parallèle à l’océan. Entre l’océan et les Grands Hôtels. » &lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Voilà, c’est presque rien, mais on est pris. Evidemment, on peut crier au procédé. Quel écrivain un peu écrivain n’en use-t-il pas ? Céline ? Sagan ? Modiano ? Michon ? Les procédés, les tics même, c’est la voix de l’écrivain, celle qu’on aime reconnaître d’un livre à l’autre. Celle qui nous parle à nous quand on y est sensible. Duras s’est inventée une voix personnelle — souvent imitée d’ailleurs, à laquelle on peut rester sourd. Mais le trouble est de l’ouie non de la voix.&lt;br /&gt;Pour faire un lien avec la série sur Hardellet que je viens de commencer, je vois en Duras comme en Hardellet un génie du titre. &lt;em&gt;Le ravissement de Lol V. Stein, Son nom de Venise dans Calcutta désert, Des journées entières dans les arbres, Les viaducs de la Seine-et-Oise, Détruire, dit-elle, Abahn Sabana David, Le navire Night&lt;/em&gt; valent &lt;em&gt;Lady Long Solo&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Lourdes, lentes…&lt;/em&gt;, et égalent presque le magique &lt;em&gt;Toi qui pâlit au nom de Vancouver&lt;/em&gt; de Marcel Thiry. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour continuer à déplaire aux anti-durassiens, ou, qui sait, pour les faire changer d’avis, je vais poster dès demain un petit article que j’ai publié en 1997, qui présente le seul livre pour enfants, &lt;em&gt;Ah Ernesto&lt;/em&gt; écrit par Marguerite Duras. Cet articulet fera pendant au texte de Mireille Calle-Gruber, &lt;em&gt;La peine de la littérature&lt;/em&gt; publié dans le &lt;em&gt;Cahier de l’Herne&lt;/em&gt;, qui aborde le versant adulte de la même fiction, &lt;em&gt;La pluie d’été&lt;/em&gt;.
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