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02 avril 2006

Philippe Delerm - Maintenant, foutez-moi la paix !

"Les temps sont durs. La vie n'est pas drôle. La bêtise règne. Le bon dieu redevient à la mode." (Léautaud. Chroniques, 1925)


L'aimable Philippe Delerm dans son petit livre réalise le tour de force de rendre Léautaud presque aussi benoît que lui. L'écrivain (c'est Léautaud) y présente bien quelques aspérités : antidémocrate, antisémite, célibataire, réfractaire à la musique et aux enfants, pro-allemand durant la guerre, mais elles sont anecdotiques. Pas de chair, tout est placé sur le même plan. Ce qui fait le principal plaisir de la lecture de Léautaud pour moi, sa vivacité, sa mauvaise foi, ses incessantes contradictions n'est qu'à peine évoqué. On ne peut pas en 130 pages faire le tour de l'oeuvre d'un homme qui vécut 84 ans, vécut pour écrire et publia plus de dix milles pages. Il faut choisir un angle d'attaque et non parler de tout un peu. Delerm entend réfuter la légende du Léautaud clochard au chapeau cabossé qui fait sa tournée chargé d'un grand cabas pour nourrir les chiens abandonnés. Il ne fait que l'entretenir en l'affadissant. Pourquoi consacrer son energie à montrer que Léautaud ça n'était pas tout à fait l'image qu'on en a, au lieu de nous dire ce qu'il était et surtout ce qu'il est pour lui ?

Le mérite de Philippe Delerm aura été de m'inciter à ressortir un vieux livre de ma bibliothèque Adieu Monsieur Léautaud (1972) de Pierre Perret. Bien sûr, on ne peut pas comparer. Perret, a fréquenté Léautaud pendant les deux dernières années de sa vie. Il rapporte des conversations, raconte des virées dans les librairies parisiennes, décrit la maison de Fontenay pour y être entré. Forcément c'est de première main. Mais le ton surtout fait la différence, Perret aime Léautaud tout entier. Il ne fait pas la fine bouche devant tel aspect du personnage, il ne pèse pas le pour et contre, il n'atténue pas. Il restitue le gamin bluffé par le vieillard. Il y a un regard dans ce bouquin qui manque dans celui de Delerm.
Si un des deux doit donner envie de lire Léautaud, il y a toutes les chances pour que ce soit le chanteur et non le professeur.
"Les professeurs sont faits pour les gens qui n'apprendraient rien tout seuls. Le savoir qui compte est celui qu'on se donne soi-même, par curiosité naturelle, passion de savoir." (Paul Léautaud, toujours)