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28 août 2006

Biribi

Georges Darien (1862-1921) fait partie des écrivains ni tout à fait ignorés, ni franchement connus. Il a laissé un petit nom dans l'histoire littéraire, grâce à Jean-Jacques Pauvert qui l'exhuma dans les années 1950, grâce à André Breton qui préfaça une réédition du Voleur en 1964 et surtout grâce au film de Louis Malle, tiré de ce roman, dont Jean-Paul Belmondo, alors au sommet de sa forme, était le héros.
C'est dans Le voleur qu'il est l'auteur d'une formule demeurée célèbre :

Je mange, je bois ; et je laisse l'assiette sur le buffet et la bouteille sur la table. Il y a des voleurs qui remettent tout en ordre, dans les maisons qu'ils visitent. Moi, jamais. Je fais un sale métier, c'est vrai ; mais j'ai une excuse : je le fais salement.

Deux sites très complets sont des mines concernant Georges Darien : Les exentriques et Recherches sur l'anarchisme.

Florentine, la seule nouvelle qu'il écrivit, a été rééditée en 2002, par les éditions Finitude. Ce texte est, comme son roman Biribi publié quelques semaines plus tard, marqué par l'atmosphère du bagne militaire tunisien où il fut enfermé plusieurs années pour indiscipline. Cette première expérience de la vie en société alimenta le mépris de Darien pour ses contemporains et sa misanthropie qui ne se démentit jamais. A la suite du scandale causé par Biribi, le gouvernement de l'époque (1890), suprima les bagnes militaires... et s'empressa de les recréer sous une autre appelation.
Dans la tradition des chansons anarchistes de la fin du XIXe siècle, Darien a écrit cette chanson sensible et délicate bien dans sa manière :

A bas Biribi

Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où de robustes gars sont enrégimentés,
De ces gars qui n’ont pas la foi patriotique
Et qui sous les drapeaux restent des révoltés.
Biribi doit sa vie à la ploutocratie,
Ces putains de bourgeois lui font encor crédit.
Que peut-on espérer d’une démocratie
Qui croit au bonheur dans un régime pourri !

Refrain
Abolissez les bagnes militaires,
Où tant de gars laissent encor leur peau.
Abolissez ces gouffres sanguinaires,
Au fond desquels baigne votre drapeau.
Pour une fois soyez humanitaires,
Abolissez les bagnes militaires.

Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où la pédérastie est à l’ordre du jour,
L’homme y supporte tout sans la moindre réplique
De la torture au vice, il passe tour à tour.
C’est le nec plus ultra de la Grande Débauche,
C’est le nouveau foyer des moeurs d’inquisition,
C’est le point noir lointain qui sabote l’ébauche
D’un progrès espéré par les Révolutions.

au Refrain...

Biribi, Biribi, c’est là-bas en Afrique
Où l’on entend encor les fers broyer des os,
Où du matin au soir travaillant sous la trique,
Combien de vos enfants ont creusé leurs tombeaux
De l’ignoble chaouch, cruelle est la rancune
L’art de martyriser souligne sa fonction,
Pendant ce temps, Messieurs, du haut d’une tribune
Vos élus vont parler de civilisation

au Refrain...

Mais votre Biribi, n’est pas rien qu’en Afrique,
Eh quoi ! vous paraissez à ces mots ébahis,
Tous les casernements de votre république,
Sont vous le savez bien des autres Biribi.
Allons reconnaissez que vos erreurs grossières
Vous ont fait accomplir des monstruosités,
Drapeau, Propriété, Capital et Frontières
Ont toujours entravé toutes les libertés.

au Refrain...