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01 juin 2006

Maurice Boutet de Monvel - Jeanne d'Arc

En pleine querelle religieuse, au moment où les congrégations sont écartées de l'enseignement, et avant la séparation entre l'Église et l’État, le livre pour enfants prend position. Maurice Boutet de Monvel propose aux élèves d'une école désormais sans Dieu l'hagiographie de celle qui n'est pas encore une sainte (elle ne le sera qu'en 1920), mais dont la figure est propre à réconcilier l'Église et la Nation. Et quelle meilleure façon de les réconcilier que de leur assigner un combat commun ? Celui de Jeanne contre l’Anglais est métaphorique d'un autre conflit qui hante depuis 1870 les cauchemars français. La Revanche. N'en parler jamais, y penser toujours.

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La première image de l'album, sur la page de titre, explicite à elle seule, plus que la préface de l'auteur, le projet du livre. On y voit Jeanne, à la tête d'un rang de fantassins, pantalons garance et capotes bleu horizon, sous un drapeau tricolore qui porte le nom de Valmy, prête à venger les débris agonisants de l'armée de 1870. On ne peut être plus clair sur le sens du combat. Jeanne est la grande figure réconciliatrice qui peut fédérer les énergies pour la Revanche.
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Le syncrétisme de cette image initiale, clé de lecture de l'album, est abandonné dès les pages suivantes. Boutet de Monvel a composé dans un cadre rigoureux, sur un format à l'italienne, une suite d'images qui fonctionnent sur l'opposition chromatique entre le couple bleu/blanc et l'orange. Le bleu et le blanc, qui sont les couleurs du roi de France, sont aussi les couleurs de la pureté et de la sainteté, et Jeanne après Chinon en est constamment revêtue ; l'orange, couleur des Anglais, est celle aussi du feu final qui la dévorera.
L'opposition chromatique structure des images sans épaisseur, sans profondeur, toutes de surface. Mais Boutet de Monvel sait rompre par moment, la monotonie qui s'imposerait en faisant ressortir du cadre rigide qui enserre ses dessins des détails signifiants qui dynamisent la représentation (la croix p. 13, le drapeau p. 19, la tête de cheval, p. 27).
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L'Église et la République, rabibochées sur le dos de I'Allemagne, la vision de Boutet de Monvel ne trouva pas corps dans la réalité, du moins pas aussi simplement. Mais l'entreprise était habile et bien menée. Il nous en reste un album de bon goût, dont les qualités esthétiques sont toujours évidentes un siècle après sa création.