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16 février 2007

Pierre Lepape – La disparition de Sorel

Si on m’avait dit, quand j’étais lycéen, qu’un jour je serai passionné par l’histoire littéraire du XVIIe siècle… Je la vomissais. « Racine peint les hommes tels qu’ils sont, Corneille… » Un cauchemar. Et voilà — après, toutefois, un ouvrage plus ancien et plus général d’Alain Viala qui m’avait déjà captivé — que ce livre de Pierre Lepape me scotche.
Charles Sorel, ce nom de prime abord ne me disait rien. Tout juste si je n’ai pas cru, en prenant le livre, qu’il s’agissait d’une étude sur Bioy Casarès. Pourtant, Sorel, comme le soulignait avec pertinence son biographe de 1891 n’est pas tout à fait un inconnu. Il a même été très célèbre pour avoir écrit un des grand succès de la librairie de son époque, l’Histoire comique de Francion, en 1623. Il était encore gamin, et, sous l’influence du Quichotte qui venait d’être traduit en français, avait pensé qu’on pouvait s’exprimer librement dans un roman, en utilisant la langue de tous les jours. Pauvre de lui, il n’avait pas réalisé — il était bien jeune — qu’il écrivait à un moment où le pouvoir politique amorçait la reprise en main du lexique et de la littérature. On condamnait à mort Théophile de Viau, on créait l’Académie française. Et le pauvre Sorel donna trois versions de son roman en dix ans. De plus en plus longues, de moins en moins vertes. Il se coulait dans le moule. Les normes de ce qu’on appellera le classicisme s’imposaient de force. Et Sorel s’inclinait. Pourtant, il semblait à vingt ans un drôle de numéro, n’ayant pas peur de grand chose. Lepape éclaire les ignorants, dont je suis, sur les enjeux politiques et littéraires des réécritures successives de l’Histoire comique de Francion. On saisit ce que nos professeurs n’ont jamais su nous faire comprendre, le passage entre la Renaissance et l’âge classique, et la radicale altérité du statut des écrivains entre ces deux moments.
Le bon goût a triomphé ; l’édition courante aujourd’hui de ce roman est la dernière, celle de 1633. Voulant me rendre compte par moi-même, j’y suis allé voir. C’est une lecture d’un temps où on avait le temps. C’est bavard mais plaisant ; on y est dépaysé — pas plus sans doute que par d’autres romans de l’époque, mais je n’en avais jamais lus. J’y ai trouvé un passage étonnant, dont je vais vous donner lecture pendant quelques jours pour fêter dignement le premier anniversaire de ce blogue. Il s’agit du récit d’un rêve de Francion. Trois siècles et des broquilles avant Hardellet, on peut repérer des traits communs, particulièrement un amour de la fesse et du téton qui réjouit l’honnête homme.