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24 octobre 2007

Daniel Compère – Dictionnaire du roman populaire francophone

Cet ouvrage est un petit dictionnaire d’initiation à la littérature populaire. Il rassemble comme le présente Daniel Compère « les principaux auteurs du domaine, connus ou moins connus : A. Dumas, F. Soulié, É. Sue, M. Zévaco, P. Féval, X. de Montépin, J. Mary, Delly, J. Moselli, G. Simenon, H. Musnik, R. Barjavel, P. Daignault, A. Héléna, B. Werber, D. Pennac, etc. Mais aussi les grands personnages de notre patrimoine (Rocambole, Fantômas, Angélique, Monte-Cristo, Maigret, Arsène Lupin, Bob Morane), les principaux éditeurs et leurs collections, les types de personnages, les principaux illustrateurs, les grands genres (roman judiciaire, fantastique, science-fiction, roman historique, récit sentimental, roman d'aventures, western, roman policier, etc.) […] Deux aspects originaux complètent ce panorama. Des articles présentent les conditions d'écriture (Tirer à la ligne, Suite au prochain numéro, Argot) et d'édition de cette littérature (journaux, fascicules, revues, colportage, censure, série), y compris dans ses aspects les plus récents (édition électronique, blogs). Et des écrivains d'aujourd'hui interviennent çà et là pour situer leur propre création littéraire par rapport aux romans populaires. »
Les notices individuelles des auteurs et des héros sont loin de la complétude de celles du Mesplède par exemple ; elles ne comportent pas de bibliographies. Les notices consacrées aux éditeurs, aux collections, aux genres et aux conditions d’écriture sont souvent plus intéressantes, elles permettent de saisir l’essence et le fonctionnement du roman populaire au cours de son histoire. Elles compilent des renseignements plus difficiles à trouver et sont, à ce titre, utiles.
Les reproches qu’on peut adresser à ce dictionnaire sont de deux ordres. D’abord, le champ de définition en est volontairement restreint, sans doute pour ne pas excéder un certain nombre de pages. Pourquoi commencer au 19e siècle ? La Bibliothèque bleue mérite plus de développements que la simple entrée Colportage ; l’imagerie populaire est absente. Épinal, connais pas ! Mais surtout s’en tenir au roman francophone est un non-sens. S’il est une littérature pour laquelle circulent des modèles internationaux, il s’agit bien de la littérature populaire. Il fallait absolument intégrer les auteurs, personnages et collections étrangers qui ont ou ont eu une importance dans le champ français (comme ça a été fait pour Enid Blyton et la collection Harlequin). On se serait évité le ridicule d’une entrée Robinsonnade sans entrée Robinson, par exemple et Sherlock Holmes n’apparaîtrait pas seulement sous les traits d’Herlock Sholmes. Cette limitation à la langue française est véritablement une erreur de conception qui invalide le projet en l’amputant d’une dimension fondamentale. Comment parler sérieusement du western sans entrée Curwood, de fantasy sans entrée Tolkien ?
Ensuite, plus finement, des choix sont discutables. Anna Galvalda est-elle une romancière populaire (au sens où l’entend Daniel Compère (Premièrement, il s'agit de publications destinées à un large public, ce qui suppose que celui-ci peut être atteint si la publication est bon marché et connaît une large diffusion (presse, fascicules, volumes tirés à un grand nombre d'exemplaires, etc.)) ? A l’évidence, le choix de son premier éditeur, le Dilettante, prouve que non. Peut-on classer Jacqueline Held parmi les romancières populaires ? Le fait qu’elle ait écrit de la S.F. à l’usage des enfants ne suffit pas à l’y ranger. Elle a publié chez des éditeurs d’avant-garde comme Ruy-Vidal des livres dont les tirages n’avaient rien à voir avec ceux de Fantômette. Additionner deux illégitimités ne garantit pas l’appartenance à la littérature populaire. Le cas de Marie-Aude Murail est assez similaire, et son seul passage dans le monde de la littérature populaire est antérieur à la publication de son premier roman quand elle feuilletonnait pour Nous deux et Intimité.
Reste que ce dictionnaire est agréable pour une première approche du roman populaire, qu’on y apprend moult détails et qu’il enclenche chez le vieux lecteur la nostalgie de l’époque où les livres les plus frustres étaient la seule évasion possible.