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12 mai 2007

André Blanchard (1) – Entre chien et loup (carnets avril-septembre 1987)

Il en est qui commencent où la plupart finissent. Drôle d’idée, dans le mitan de la trentaine, d’écrire et publier ses carnets plutôt qu’un roman. C’est ce que fit André Blanchard en 1989. Il fallait la clairvoyance du Dilettante pour accepter la chose. Le livre connut ce qu’on appelle un succès d’estime, puis on oublia Blanchard. Il publia les tomes suivants de ses carnets à 350 exemplaires chez un éditeur franc-comtois, avant que le Dilettante retire son premier livre cette année en même temps que le dernier, Contrebande. Blanchard d’emblée est sympathique : hors de son temps, gros lecteur, anticlérical, macabre, allergique à la comédie sociale… un homme respectable. Entre chien et loup se lit avec plaisir. On y lit ses propres agacements ; on approuve son retrait du monde.
Mais, j’en reviens à mon entrée, comment un homme encore jeune peut-il concevoir le projet de donner à lire des carnets qui, allant à sauts et à gambades, n’ont d’autre unité que son goût ? Surtout, comment se persuade-t-on qu’on va s’inscrire dans la lignée des moralistes passés, Chamfort, Renard, Léautaud ? Car il faut en être persuadé pour oser publier. D’ailleurs, on sent dès le début à qui Blanchard souhaite se confronter :

« Le Nouvel Observateur présente un dossier sur les écrivains du silence, c’est-à-dire les prestigieux qui toujours se sont tenus à l’écart du spectacle audiovisuel, qui sont de vrais Harpagons s’agissant de se fendre d’une interview (et je ne leur ménage pas mes louanges pour cette attitude , à tous autant qu’ils sont, abstraction faite de ce que je pense de leur œuvre). On nous présente donc, photos et légendes à l’appui, le cénacle auguste : Char, Blanchot, Gracq, Cioran, Beckett, Leiris. Bizarre : cette bande des six, m’est avis que certains se l’imaginaient plutôt comme la bande des sept — mais, hebdomadaire de gauche et de référence oblige, Anouilh est passé à la trappe. »

En même temps, avec plus de réalisme, Blanchard lit assidûment de médiocres diaristes, dont il tire son miel : Green, Cabanis… en somme, il vise haut, et nous donne finalement à lire de tièdes avis. Le cousin de Vesoul reste une curiosité provinciale du monde des lettres, dommage… sa position marginale l’autorisait à frapper plus fort. Malheureusement trop souvent il se contente de considérations passe-partout comme ces remarques météorologiques dignes d’un livre ancien et réjouissant de Pierre Enckell, La joie de vivre : journal intime perpétuel :
« Temps maussade sur cette fin juin. Pluie et vent semblent narguer le soleil, maître de la saison : « Tu ne m’auras pas ! Tu ne m’auras pas ! » »

On conçoit qu’il fallait que cela fût imprimé.