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06 mars 2008

Les copains m'appellent Syrose, c'est la vie...

Article publié en 1988.

"Toinou, tu m'entends ? Tu veux me faire plaisir ? Alors raconte moi un cauchemar pour que je puisse m'endormir." (La reine des poupées. - Perrier)

- Dis moi, pourquoi le noir, Jolie Souris ?
- C'est la couleur de l'époque. Je repeinds d'un noir pimpant, guilleret même, les livres sucrés de l'enfance.
- Tu m'amuses, Souris, le sucré, on y nage chez toi : torrents de coca, montagnes de caramels, chapelets de glaces...
- Précisément, sous le sucré de l'apparence, le secret, le noir qui ronge et qui éclate.
"Ah ! La vache ! Ptit Doigt ! On va s'acheter un grand bateau. On va partir pour l'Afrique et l'Amérique. On bouffera des glaces à dix boules dans chaque port, vingt dieux !" (La pêche aux caramels. - Périgot)

C'est le réel qui est noir, le sucre, c'est du rêve. Indispensable le rêve. Et le cauchemar...
Souris, mais les enfants, les enfants...
Je ne sais rien des enfants, je ne suis pas docteur, moi. Comment ça fonctionne un enfant ? Mais je vois la vraie vie. On veut changer de parents (Voleur de parents. - Garnier), on désire la mort de son prof (J’ai tué mon prof. - Mosconi), on vole un peu (L’œil de Belzébuth. – Craipeau ; On a volé le Nkoro Nkoro. – Jonquet ; La reine des poupées. - Perrier ; Crime caramel. - Craipeau, La pêche aux caramels. - Périgot), on fugue (Sous la lune d’argent. - Fajardie), et on trouve joli garçon l'assassin de papa (La nuit du voleur. - Humbert). Je vois. Et surtout j'écris. Je rends par des mots la violence de 1'époque.
"Coups de pieds. Coups de poings. Boxe, boxe, Papa Bambaka !
Mais ils sont trois, ils sont plus forts que toi.
Tu tombes à genoux par terre. Tu as du sang dans la bouche. Tu as du sang dans les yeux et tu ne vois pas les coups venir. Ils te tapent sur la tête. Dans le ventre. Et encore sur la tête. Très fort. Trop fort. Et tu tombes enco¬re, tu tombes dans un grand trou noir."
(Tchao Grumeau ! - Cohen).

- Du sang à la une…
Mais un sang d’encre. J’ai le sang littéraire, métaphorique. Une souris métaphorique, voilà ce que je suis. Quand j’écris qu’un chômeur peut être amené à voler (La fête des mères. - Daeninckx), j’écris que le chômage c’est le vol vrai. À qui sait me lire, je dévoile une morale. Je suis une souris du genre de Jésus, moi. Je suis une souris qui ne recule pas devant la parabole.
- N’exagères-tu pas un peu, ô souris rhétorique ?
- Si fait, si fait... Mais c'est pour mieux me faire entendre. Si je me contentais de dire que je fais des fictions policières pour les enfants de sept ans, on me rirait au nez. Alors je me pose en souris littéraire. Pas indûment, d'ailleurs. La fiction policière, le roman noir sont les derniers refuges du style, de l'écriture.
- Là encore, Souris, tu veux te faire aussi grosse que le bœuf.
- Pas du tout. Je suis dans le droit-fil d'une tradition qui part du Maître-voleur et du Petit Poucet.
"Vous voulez pas être mes parents ?
Mais... Mon petit, on a déjà des enfants Regarde, ils jouent là, sur la plage. Tu n'as pas de parents ?
Si, mais ils ne me plaisent plus."
(Voleur de parents. - Garnier)

- II y a une force sauvage dans le conte, que je remets en circulation. Mais dans le monde d'aujourd'hui.
- Crois-tu, Souris, que l'innocent lecteur voit un conte, là où tu lui montres un rapt (Pas de peau pour Miss Amarillys. - Mes-plède), une prise d'otages (Toyota baraka. – Naudy ; Clic, clac ! Kristy), un hold-up (La fête des mères. - Daeninckx), un suicide (La nuit du voleur. - Humbert), un incendie criminel (Tchao Grumeau ! - Cohen)...
- Le lecteur, même petit est loin d'être innocent. C'est à sa part de perversité, plutôt, que je m'adresse. Et ce n'est pas ce triste catalogue de la Manufacture des larmes et alarmes de Souris noire.
"Pour quelques caramels, j'étais devenu un criminel. Un vrai. Avec un mort." (Crime caramel. - Craipeau)

qui est l'horreur. C'est que ça existe ailleurs que dans les livres.

"C'est à cause de la guerre... Ça va recommencer, ils l'ont dit à la télé, avec la bombe atomique et tout... La guerre, je l'ai faite moi, et j'ai eu tellement faim, tellement faim, si vous saviez..." (Dans les plumes. - Bouquet)

- On ne va pas me reprocher toutes les mauvaises nouvelles du monde... Je ne suis qu'une petite souris d'encre et de papier, à la fin…
- Tu ne sais pas ce que tu veux, Souris cyclothymique. Tu revendiques, tu geins... Tu es moins sûre de toi que tu veux bien 1'affirmer...
- C'est la constance de vos critiques, hypocrites prescripteurs, qui me navre. Moi, je sais qui, dans mes histoires est un héros, un salaud ou une victime...
- Des noms, des noms... Souris vengeresse !
- Pas vengeresse, lucide. Si tu veux des noms, relis-moi, je suis claire. Allez, deux ou trois salauds, pour te faire plaisir :
"- C'est lui ? dit méchamment le commissaire. - Oui, c'est cette vermine ! répondit le notaire." (Sous la lune d’argent. - Fajardie)

Les jumeaux Flick (Sous la lune d’argent. - Fajardie ), Karel Kolesterol (Crime caramels. - Craipeau), Crapaudot (Tchao Grumeau ! - Cohen), et même Madame Camife (On a volé le Nkoro Nkoro. - Jonquet).
- On voit bien là ta filiation soixante-huitarde, Souris rouge.
- Les souris soixante-huitardes sont des souris comme les autres !
Plus sérieusement, je n'ai gardé de cette époque que l'exigence morale ; je ne défends pas de ligne politique et ne réfère à aucun comité central.
"Mais chez nous, en plus des dictées et du calcul, je devais enseigner le respect pour le colonel, l'adoration pour le général, plus le parti, plus la prière, plus marcher au pas... et toute la mort de leurs os !" (Toyota barraka. - Naudy)

- Je suis une souris noire qui ne refuse pas de coiffer le bonnet rouge, voilà tout. Mais pas de prêchi-prêcha. La moralité, si moralité il y a, c'est au lecteur de 1'écrire.
- Mais tes fictions noires, rusée Souris, sont des pièges pour le lecteur : il se met en route pour trouver la solution d'un bon petit mystère, et se trouve embarqué pour un roman glauque, dans lequel il est pris à partie.
- Tout doux ! Chez Souris noire, on trouve de tout ! J'ai en magasin aussi bien le roman de mystère que la tranche de vie bien épaisse.
- Par exemple, souris samaritaine ?
- Fastoche !
Qui a tué les canaris d'Alexandre ? Vous le saurez en suivant l'enquête qu'il mène avec son père (Le piège d’Alexandre. - Martin).
La marchande de bonbons est-elle une sorcière qui a enlevé Pierrot ? Rémi, un nouveau Marlowe vous l'apprendra (L’œil de Belzébuth. - Craipeau).
Cornin Bouchon, le fermier d'à côté a-t-il assassiné un enfant ? Nos deux jeunes héros vont s'employer à percer ce mystère. (Le crime de Cornin Bouchon. – Marie & Joseph)
"Avec mon bout de fer à travers le trou de la serrure, j'ai poussé la clé pour qu'elle tombe côté couloir. J'ai essayé dix fois avant de réussir. Gling, elle est tombée sur mon carton que j'ai doucement tiré vers moi avec précaution... Un jeu d'enfant aurait dit Columbo, et justement je suis une enfant." (Le piège d’Alexandre. - Martin)

- On baigne dans les stéréotypes du polar, Souris pasticheuse.
- Moi, je dirais plutôt que je mythologise du roman policier.
"Je m'y connais en voiture , ça c’est une voiture de parents formidables, américains, même !" (Voleurs de parents. Garnier)

- Je ne pastiche pas, je féconde la culture polar, je lui fais des petits. Et mes petits souriceaux noirs ont des oncles aussi considérables que Perrault (Six assassins assassinés. - Dagory), Lewis Carroll(On a volé le Nkoro Nkoro. - Jonquet), Raymond Chan-dler (L’œil de Belzébuth. - Craipeau), Vladimir Nabokov (La nuit du voleur. - Humbert), Charles Williams (La pêche aux caramels. - Périgot), pour les plus flagrants, sans oublier les cousins par alliance, Forton (Le maître voleur. - Grimm ), et Charles Laughton (La nuit du voleur. - Humbert).
Une sacrée famille, que je trimballe ! Une galerie d'ancêtres garantie grand teint. Alors, qu'on ne vienne pas me chercher des puces dans le pelage !
- Loin de moi cette idée, Souris mégalo ! Mais ne mets-tu pas en avant ces grands noms pour cacher les turpitudes de tes héros de papier ?
- Tu y reviens toujours, opiniâtre questionneur !
Non, pas de turpitudes, seulement des instantanés.
"Grand-père lisait le journal du mois dernier, avec le doigt et le nez. Le verre de pastis trônait au milieu de la page. Le cassoulet William Saurin fumait dans les assiettes." (La pêche aux caramels. - Périgot).

- Je ne veux plus y revenir. Le roman noir, je l'ai déjà dit, est la meilleure chronique de l'époque. Mes livres ne sont pas décoratifs, délicatement ornementaux. Ils donnent à voir, par les yeux des enfants, des moments de crise dans la vie de tous les jours.
"C'est à partir de ce jour que certains mots revinrent plus souvent dans les conversations à la maison. Des mots faciles comme "travail" et « économies ». D'autres plus compliqués comme « assédic » et « licenciements »". (La fête des mères. - Daeninckx)

- Les crises révèlent.

"J'entendais chuchoter partout où je passais : "Son père est en prison, son père est en prison..." (Le monstre du lac noir. - Jaouen)

- Le meilleur , comme le pire. Ou l’entre-deux, ni pire, ni meilleur, comme souvent dans la vie. Là encore, mes héros d'encre sont plus vrais que nature. Ils existent comme emblèmes...
Mais... J'entends des pas...
Adieu !

BOUM ! BOUM ! BOUM ! Ouvrez ! Police !
- Entrez, messieurs ! Vous cherchez ?
- Bonjour, Brigade raticide. Nous sommes à la recherche d'une certaine Noire, Souris. Connaissez ?
- Certainement, elle vient de partir par ce trou de souris, là.
- Damned ! Encore raté ! Voilà deux ans qu'elle nous échappe régulièrement !
- Mais, si je peux me permettre, qu'est-ce qu'on lui reproche ?
- Incitation de mineurs à la lecture !
- C'est grave ?
- Ça fait réfléchir !

Commentaires

Message de Eric Poindron

au sujet de :

L’ETRANGE QUESTIONNAIRE

Chers ami(e)s, lecteurs, écrivains ou non, cher tous...

Voilà un petit questionnaire que je me suis amusé à imaginer. Il ne s’agit pas d’un test psychologique ni d’une grille de recrutement savamment imaginée par des cerveaux tortueux ou torturés. Ce sont seulement des questions ouvertes destinées à nourrir un peu de romanesque. C’est une espèce de "cadavre exquis" qui peut mener quelque part...

Les réponses reçus ont été souvent surprenantes et formidables, étranges et bien plus...

Il est toujours curieux de rencontrer l'autre, surtout lorsqu'il répond comme vous ou possède une bibliothèque presque identique...

Le principe est assez simple : il suffit de répondre à chaque question en une minute au maximum. Soixante questions, donc une heure.

Toutefois ne regardez pas votre montre à chaque question : laissez l’écriture définir le temps.

N.B. Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi vous présenter - sous la forme que vous souahitez - en quelques lignes. n'hésitez pas non plus à mettre votre adresses ou vos blogs et sites afin de tisser d'autres toiles...
Enfin, vous pouvez aussi envoyer l'étange questionnaire à vos amis, ils sont les bienvenus.

Pour en savoir plus, découvrez "L'Étrange Questionnaire" sur Le Cabinet de Curioistés d'Éric Poindron :

http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/

Écrit par : Éric Poindron | 07 mars 2008

Merci pour votre article, je découvre votre blog et je voulais vous remercier pour votre travail remarquable

Écrit par : appartement paris | 31 mai 2010

Bien que je tiens à dire que telle est la vie, nous devons aussi penser que nous pouvons changer viad et la forme de nos goûts ..

Écrit par : Seguridad Social | 03 mars 2011

Les commentaires sont fermés.