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20 février 2008

Claro – Madman Bovary

La littérature de jeunesse connaît depuis longtemps le phénomène. Un conte, Le Petit Chaperon rouge, y est mis à toutes les sauces. On ne compte plus les chaperons roses, bleus ou verts, les filles, sœurs, ou petites-filles du Chaperon… C’est ce qui est en train de se produire depuis quelques lustres pour des lecteurs plus adultes avec Madame Bovary. Le roman flaubertien sert de matrice à toutes sortes de séquelles qui font le tour de la famille Bovary.
La perspective de Claro est différente. Son narrateur, le madman n’entreprend pas de broder une suite ou un épisode précurseur du roman. Il se glisse plutôt entre les lignes, investit les interstices, quitte à les élargir. Il y creuse son trou.
Il s’agit d’un homme délaissé ; son amour, Estée, l’a abandonné. Il ne trouve sur le coup comme remède que de se plonger dans une énième relecture de Madame Bovary. Ça ne tourne pas rond dans sa tête et la prose flaubertienne n’arrange pas les choses. Des membres de phrases de Gustave remontent à la surface du texte. Le narrateur s’en empare, les triture. Il se transforme en puce, visite le labo d’Homais :

« C’est Homais qu’il me faut ! Non pas l’Homais impie qui croit en l’Être suprême et rêve d’une large phlébotomie mensuelle du corps religieux dans l’intérêt de la police des mœurs. Pas l’Homais, roué apothicaire et coryzaphobe acharné. Pas l’Homais qui lit Voltaire. Pas l’Homais admonesté par le procureur du roi pour exercice illégale [sic] de la médecine. Pas l’Homais qui adresse seulement quelques félicitations provisoires à Emma après la naissance de sa fille. Pas cet Homais là. »

La lecture de Madame Bovary ne guérit pas le madman :
« Estée devient Emma devient la gatée-pourrie de Charles dont la casquette, quelques milliards de pages plus tôt, crée le chaos dans cette salle de classe où ce monstre de Proviseur vient d’introduire – l’inconscient ! – du nouveau dans l’ancien, avec la délicatesse d’un vétérinaire palpant l’utérus bovin. »

Le texte de Claro est un très bel exercice de style. Un peu vain peut-être, mais qui réjouira les formalistes attardés au nombre desquels je me compte.
A maintenir ouvert sur son écran pendant la lecture de Madman Bovary cet atelier.

Petite bibliothèque bovarienne :
Patrick Meney, Madame Bovary sort ses griffes, 1988.
Raymond Jean, Mademoiselle Bovary, 1991.
Maxime Benoît-Jeannin, Mademoiselle Bovary, 1991.
Jean Amery, Charles Bovary, médecin de campagne, 1991
Jacques Cellard, Emma, oh ! Emma, 1992.
Laura Grimaldi, Monsieur Bovary, 1995
Marc Girard, La passion de Charles Bovary, 1995
Posy Simmonds, Gemma Bovery, 1999
Philippe Doumenc, Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, 2007

18:45 Publié dans Claro | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Claro

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