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30 octobre 2007

Maurice Sendak – Max et les maximonstres

a7abae78f52ae5ee8dee06cdc0f4c91a.jpegCet album publié en 1963 par Maurice Sendak sous le titre de Where the wild things are, est sans doute le livre qui marque le passage de l’album illustré pour enfants une deuxième phase de son histoire. Mal accueilli en France au moment de sa sortie en 1967 chez Delpire — Françoise Dolto le déconseillait aux parents — l’album est gros de deux révolutions. Rappelons-en l’argument : Max, un petit garçon, enfile son costume de loup et enchaîne bêtise sur bêtise. Sa mère le punit en l’envoyant au lit sans manger. Les murs de sa chambre s’effacent, il se retrouve dehors, prend un bateau et rejoint après des semaines de navigation l’île des maximonstres. Il soumet ces créatures effrayantes qui le reconnaissent comme le plus terrible d’entres tous et le considèrent comme leur roi. Une fête épouvantable a lieu. Mais Max renonce à son trône, il envoie les maximonstres au lit sans souper et attiré par une odeur de nourriture rembarque sur son voilier, au grand désespoir des monstres. Le voyage de retour dure un an, et quand il accoste en pleine nuit dans sa chambre, son dîner l’attend — tout chaud.
La première révolution, je n’y insisterai pas, réside dans l’irruption de la scène de l’inconscient sur les pages d’un album pour enfants. De nombreuses lectures ont été faites de cet aspect de l’œuvre. Par exemple. C’est à ma connaissance la première fois qu’un auteur pour la jeunesse entre sciemment dans l’inconscient enfantin et en donne une représentation honnête et crédible.
La seconde révolution dont est porteur cet album est formelle. Sendak conçoit Max et les maximonstres comme un tout. Il s’agit d’une séquence continue qui joue sur la discordance des temps — celui perçu par Max et celui perçu par le lecteur. L’album est scénographié. Après une double page de garde qui préfigure les feuillages de l’île des monstres, une page de titre qui nous les montre, chassés par Max, l’album commence. Texte sur la page de gauche, image sur la page de droite. D’abord, une vignette, qui grandit de page en page, jusqu’à être en pleine page lorsque Max sort de sa chambre. Puis la page de droite déborde progressivement sur la page de gauche et l’image devient majoritaire sur la double-page. En abordant l’île, l’image occupe toute la largeur de la double-page, mais le texte est situé dans un bandeau qui occupe le tiers inférieur de la page. La taille du bandeau diminue petit à petit jusqu’au moment de la fête. Se succèdent six pleines pages d’images sans texte qui montrent l’effrayante bacchanale. Puis c’est le retour, la place du texte augmente symétriquement à sa disparition jusqu’à retrouver l’équilibre page de texte à gauche/page illustrée à droite. L’album s’achève sur une double-page blanche, marquée de deux mots seulement, avant de retrouver des pages de garde identiques aux premières.
Ce jeu entre le texte et l’image, chacun prenant tour à tour la prépondérance rompt avec la rigidité des albums illustrés pour la jeunesse. Max et les maximonstres est le premier album dynamique, ce en quoi il se rapproche de la bande dessinée, et il ouvre la voie à quarante années d’approfondissement de cette intuition qu’on peut formellement rendre compte du passage du temps et des différentes intensités d’une histoire par une occupation intelligente de l’espace du livre.

Commentaires

Cet album est une remarquable rencontre d'un espace -celui de la page dévorée par l'illustration- et d'un temps -celui du temps démesuré par l'imaginaire de Max.

Écrit par : la bacchante | 01 novembre 2007

Pour l'inconscient, il faudrait aussi regardé Les Vacances de Zéphir de Jean de Brunhoff.
Mme Dolto critique les albums de Harlin Quist et on Max et les maximonstres publié chez Delpire

Écrit par : Isabelle Chevrel | 03 décembre 2007

Excusé moi mon francais. Ta analise est très interessant, une petite correction: la revolution de concevoir l'album comme un "tout" l'avais deja fait: Les larmes de crocodile, de André Francois dans le 56.

Salut! Anna

Écrit par : anna | 13 février 2008

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