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29 juin 2007

Eric Chevillard – Commentaire autorisé sur l’état de squelette

« J’attrape mon Chevillard, je lui tords un bras dans le dos, mon autre main le serre à la gorge. D’abord, lui clouer le bec. Il n’oppose qu’une faible résistance. C’est bien la mauviette que j’imaginais, peu doué pour la lutte et qui s’incline sans combattre. Il est maintenant à ma merci. Je lui enfonce un doigt dans l’oreille. mon Chevillard se laisse faire. J’ébouriffe risiblement ses cheveux, il reste sans réaction. Je lui pince une joue, je le gifle, il pleure en silence. Je l’insulte, les mots ne me viennent pas si facilement d’habitude. il ravale sa salive. Il tremble. Ce n’est pas souvent que je produis un tel effet. »

Je savais bien que ce salaud de Chevillard était en réalité de la race de Nisard. En voici la preuve. Il faut l'emparouiller et l'endosquer contre terre ; le raguer et le roupèter jusqu'à son drâle ; le pratèler et le libuquer et lui baruffler les ouillais ; le tocarder et le marminer pour le moins. Il l’a visiblement mérité. Comble : il l’écrit lui-même.

J’ai déjà dit ma dilection pour l’œuvre d’Eric Chevillard. Son dernier livre, publié par Fata Morgana, Commentaire autorisé sur l’état de squelette est un recueil de neuf textes, étranges comme d’habitude. On a l’impression de copeaux tombés de romans en chantier. La cohérence de son œuvre tient au regard qu’il porte sur le monde. Pour lui, chaque personnage, chaque événement, si on tire sur la ficelle peut remettre en cause l’équilibre de l’univers. Et il s’emploie à tirer sur la ficelle, il ne fait même que ça. Et l’univers tout entier devient un toton capricieux, dont il peint, imperturbable, la douce folie.
Le dernier texte de cet opuscule, qui donne son titre au recueil, va à l’os :
« Comme je suis léger tout à coup ! C’était donc toute cette chair qui pesait. Je m’en doutais : mes muscles constituaient le fardeau dont ils prétendaient me soulager. Je n’étais pas si gras, remarquez, mais tout s’accumulant faisait une lourde charge. Les poches des organes sont toujours pleines à craquer, déformées par les reliefs et les angles de leur très mystérieux contenu. C’est à se demander si les flux sanguins et lymphatiques ne charrient pas aussi des troncs ou des galets. »

La parole est donnée aux os qui claquent dans le vent. Ils disent l’essentiel. Les amours humaines sont risibles, les charognes baudelairiennes à peine moins. Seule compte la structure. Notre château d’os.
Les vignettes et culs-de-lampe de Philippe Favier sont parfaits.
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