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05 juin 2007

Georges Perros – Papiers collés

« Un journal intime gai est inimaginable. Quand l’homme se penche sur lui-même, sur son passé immédiat, il n’attrape que des poissons de désastre. »

La lecture des carnets d’André Blanchard a eu au moins un mérite. Elle m’a donné envie de me replonger (ah, la relecture, dont ici-même, je me gaussais) dans les trois volumes de Papiers collés de Georges Perros. Il est trop facile d’accabler mon contemporain, mais on a quand même l’impression, lisant Perros, d’entendre la voix dont Blanchard est l’écho assourdi. Les traits communs aux deux hommes sont évidents. Ils ne se veulent pas gentils, et tirent gloriole de leur misanthropie bourrue et surjouée. Ils ont très tôt renoncé à la carrière littéraire (mais ni à la publication, ni à l’idée d’œuvre littéraire). Ils se sont repliés en province : Douarnenez et Vesoul, deux coins opposés parmi les quatre fameux de l’hexagone. Et par-dessus tout, ils sont des lecteurs monomanes. Perros réussit même à en faire sa profession pendant vingt ans chez Gallimard. (A ce propos, il constate quelque part, que parmi les centaines de manuscrits envoyés à l’éditeur, qu’il lut, bien obligé, aucun ne fut publié. Il n’a découvert aucun écrivain.)
Ils se rejoignent à une génération de distance, par exemple à ce regard jeté par Perros sur les livres édités à son époque, nul doute que Blanchard souscrirait aujourd’hui :
« Ce serait très bien la littérature, si les lecteurs comprenaient un jour ce que c’est. Pas du tout. Un type écrit deux cents pages sur sa veulerie, sa saloperie, sa médiocrité, son néant, allez, on lui file le prix Goncourt. Quel talent ! Le type est content. Le talent sauve tout. D’où cette nuée de terribles, d’imbéciles heureux qui couvrent les catalogues d’éditeurs grâce à la faculté qu’ils ont de dire qu’ils n’existent pas. Si on savait lire, on serait stupéfait de l’aveu d’imbécillité de al plupart de nos auteurs actuels. Ils crient leur vide et on leur trouve du talent, voire autre chose. Tout ça, parce qu’on ne sait jamais. Si on loupait un Miller, un Genet, un Kafka, vous vous rendez compte ! Cette peur fait publier, rend publiable, 80 % de notre littérature actuelle. »

Les Papiers collés, surtout le deuxième volume (le premier est une ébauche, le troisième est posthume), manifestent plus d’ambition que les carnets de Blanchard. Perros y mêle notes domestiques, notes de lecture, citations lues, et études qu’il les nomme Lectures, Portraits ou Textes. Là, il analyse et commente plus en profondeur les écrivains qui font son ordinaire : Valéry ou Claudel, les maîtres de sa génération, mais aussi Ponge, Michaux, Barthes ou Butor desquels il se sent proche. Dans un monde qu’il voit noir :
« PROJETS D’AVENIR
On meurt plusieurs fois avant les fleurs et couronnes définitives. On est prévenu, on s’acclimate ; on fait connaissance. C’est la moindre des choses.
C’est peut-être pourquoi les cimetières ont toujours exercé sur ma sensibilité, dirais-je posthume, un charme vaguement indicible. J’ai l’impression de visiter en propriétaire — rarissime privilège — ma prochaine et plus sûre demeure. »

il persiste à penser la littérature comme le dernier fanal de l’existence :
« Aimer la littérature, c’est être persuadé qu’il y a toujours une phrase écrite qui nous re-donnera le goût de vivre, si souvent en défaut à écouter les hommes. Soi-même entre autres. »

C’est pourquoi, il n’est pas d’une lecture plombée par le malheur d’exister. La vie est mal foutue, on fonce tête baissée vers la mort, mais surnagent de petites joies, de petits bonheurs même, dans la lecture principalement.


Pour prouver, s’il en était besoin, l’acuité du regard de Perros, cette note datant de 1974 :
« Le dernier homme « politique » intéressant. Maurice Thorez. De Gaulle ne s’y était pas trompé. Aussi bien ne se serait-il jamais livré aux singeries de ces messieurs pour être élu président de la République. (Accordéon, coups dans un bistrot, pour faire peuple, présentation de la famille sur estrade enfumée.) Les hommes politiques se demandent pourquoi on ne les aime pas. C'est pour ça. Ils nous prennent pour des imbéciles. L’impardonnable, c’est qu’il leur arrive d’avoir raison. »

On ne peut que surenchérir après le spectacle des dernières présidentielles. Et douter rétrospectivement de la stature de Thorez.

Commentaires

ahhhh quel bonheur de tomber sur du Perros le matin ! (il était dans ma liste des livres à emporter sur une île déserte, justement parce qu'à lire et relire sans cesse...) La correspondance de Perros est tout aussi passionnante - mes préférées étant celles avec Bernard Noël et Lorand Gaspard. Ce misanthrope avait des amitiés épistolaires fabuleuses, puis quand il ratait ses amis, il s'en plaignait longuement dans ses lettres, en même temps qu'il écrivait à d'autres : X voulait me voir, heureusement, j'étais pas libre, envie de voir personne. :-)

Écrit par : laurence | 06 juin 2007

Peut-on trouver que PErros, come Balnchard est plus "flic et curé" dans son désespoir de bon ton, son attitude et son aigreur qu'aute chose? Certes, il semble moins facho,que Cioran,mais tut de même!
Tous ces gens qui n'assument pas la grâce d'écrire! Pendant que ces ronchons bavaient, KAtherine Mansfield avançait, radieuse et folle! Kosztonanyi rayonnaut, chtarbé foutraque et généreux! Cendrars continuait! Et l'on nous parle de peits messieurs aigris au stye d'instituteur! C'et assez triste et frt français! PArtout, ça bougeait, ça pétait, ça florissait! T ces gens ont manqué le coche. Joyce découvrit le monde, Dos passos se posait des questions et nous ontinuons à vénérer des de funès ronchons alignant des lichés et souvent pétris de l'idée de décadence!
Quant à ça:

« Ce serait très bien la littérature, si les lecteurs comprenaient un jour ce que c’est. Pas du tout. Un type écrit deux cents pages sur sa veulerie, sa saloperie, sa médiocrité, son néant, allez, on lui file le prix Goncourt. Quel talent ! Le type est content. Le talent sauve tout. D’où cette nuée de terribles, d’imbéciles heureux qui couvrent les catalogues d’éditeurs grâce à la faculté qu’ils ont de dire qu’ils n’existent pas. Si on savait lire, on serait stupéfait de l’aveu d’imbécillité de al plupart de nos auteurs actuels. Ils crient leur vide et on leur trouve du talent, voire autre chose. Tout ça, parce qu’on ne sait jamais. Si on loupait un Miller, un Genet, un Kafka, vous vous rendez compte ! Cette peur fait publier, rend publiable, 80 % de notre littérature actuelle. »

C'et vraiment du cliché ringard, de la complaisance, presque au niveau des critiques littéraire de magazine de salle d'attente!
LA littéraure cogne, vibre, même aujourd'hui, puisque l'idée de décadence fleueit, se rénove! APs forcément chez les grands éditeurs;, mis partout, ça bouge! Et l'on passe à côté! Et l'pnpense comme ce que je viens de citer! On est dans le désenchantement petit-bourgeois, le dénigrement gratifiant!
D'autres vivaient en ferveur, en grandeur, en vrai! Connaissaient la "grâce d'écrire" (lire Desalmand à ce propos), se bataient comme les peintres de l'époque pour autre chose... ET les Renaud Camus continuaient leur éternel ressasment!JE trouve que els citations ci-dessus sont très con, désolé, très "ordinaires"...
La littérature bouge! Et ce n'est pas ce ancêtres destalker, ces antipoètes qui l'en ampêcheront! Ca vibre en ce moment, maintenant, en France, enAfrique (tiens?On ne parle pas beaucoup des auteurs africains géniaux genre sony labu tansi! Pur quoi? Ca vut meiux que perros! Lisez donc! ).Il y a de la vie, de la joie, du PLAISIR! Relisez JAcques PErry pour l'enthousiasme! Et laissons les frileux continuer leur ressassement à la Homais!
JE prendrai quand je le pourrai le temps de reparler de la littérature "populaure" en tant que fabrication bourgeoise en réaction à Hugo, Gautier, etc.. destinée à donner au "peuple", un succédané des "grans auteurs" qu soit "à sa portée"..; Non, Ponson du Terrail n'est pas Hugo... et la "littérature populare" n'intéresse que les bourgeois! Ceux qui dénigrent les "gands auteurs" et qui pensent qu "tout se vaut"....C'et charmant, Rocambole,mais ce n'est pas LEs Misérables... LE processue n'et pas loin de celui dela littérature enfantine et tout aussi diverement idéologique! Comemnt en serait-il autrement? Littérature ppulaure sigbifie exploitation du peuple par l'idéologie d'un romanesque d'usage, aténué, de sentimentalité car le sentimen est trop fort, d'émotivité parce que l'émotion, c'est dur..; Bref, c'et la chansonnete par rapport à la symphonie: cheap pour les pauvres cons... Même s'ilya des réussites..Et des autoparodies.Le parapllèle avec la littérature pour enfant est parlant.MAis plus encore aujourd'hui et ce que dit Spiegelman (et qui vaut pur la BD devenue d'un pompiérisme affligeant) est valable dans les deux cas:

"Certains livres pour les gosses dégoulinent de condescendance et présentent une vision de l’enfant à mi-chemin entre le chimpanzé et l’andouille".
Art Spiegelman « Le conte musclé avec Art », Publisher’s weekly. Repris par Courrier International, 30 nov-6 déc. 2000
Littérature populaire, comme démocratie du même nom, c'est l'exploitaion, lemépris du peuple! Et, de plus, ce n'est pas lisible directement pour lui! PAradoxe? Que nenni! Beau calcul!
Bon sang, il faut se éveiller, ller vers l'aventure,la vraie vie qui est aileurs que dans les ratiocinements littérarisants des ronchons anorexiques! Pour une littérature carnivore, dentue, charnue! Une langue déferlante, avec du jus, des sucs! En laissant ler place aux moindres, certes,mais ça va, on a déjà donné! Et els icônes à la PErros, zut! JE préfère la vraie mélancolie, celle de rabelais, de Sterne, de Kosztolany, d' Hugo, de Goethe, de Bierce, de Claudel, même! Il y a du rire qui mord: ils est néessaire!
Bon, je vais relire la Princesse de Clèves,livre qui ne se fout pas du monde et qui comporte une scène hallucinante de coup de foudre préparé! MAis ce n'est pas pour ça qu'il déplaît à Sarkozy (lit-il Cioran? Un Hongrois et un Roumain de même origine fascisante!)!
Bon sang, quand inentera t-on le joyeux glas,la mélancolie pur beurre,le chocolat vraimetn noir et le gras slictueux?Ce serient les ingrédients (minuit,ingrédients) d'une littérature comme cele qui continue malgré tout, "quand même",malgré,oui,malgré les extases de la morodité petite-bourgeoise! LE rire de Soupault a balayé tout ça,Henry James a baffé les pouacres et le seul supportable, je crois, des ronchons, le moins PRETENTIEUX, c'est encore Sternberg! MAis tut le monde s'en fout, alors que Perros va finir dans les écoles:ça ne peut que plaire aux profs! Faudra atténuer, d'accord...
Homère, revens! rhapsodons! Vive l'ivresse,femelle du livre! MArre du "genre", du "populaire": tout ça c'et de l'industrie!Vive le sur mesue! Du caviar pour tous! PErnand-Vergelesse à tous les étages! Nous avons le devoir d'ête heureux, même en ricanant jaune!
JE reçois par mail, chaque jour,un sonnet de Shakespeare. C'est un abonnement.JEme demande s'il n'y a pas d'autes trucs dans le genre.Ca remet les choses en place! A quand Saint-Amand et les vrais mélancolique soiffards, joyeux, affamés? Ou la mélancolie de ce bon vieux tardieu, héritière de Charles d'Orléans!
Du vrai, pas de l'ersatz! Dumas, pas amédée Achard!
IL fut excepter Zévaco, dans la production à la chaîne du temps: SEs nobles parlant comme un anar bele époques snt afriolants t ce pof de rhétorique possède un vrai style! Et n'accumule pas les clichés comme d'autres sans les remettre en question, les déplacer! Cette littérature "populaire", par rapport à ses modèles dehors de Zévaco et de queqlues rares, c'est le hamburger par rapport à l'entrecôte de Salers... ET PErros, c'est l'express boueux tiédissant d'un caré-bar douteux par raport à une fine tasse de Bleu Moutain: ça réveille vaguelment, fait sursauter, puis on setr endort,,on dodeline, on a quelques aigreurs d'estomac. C'est tout
Ainsi il ya les "monstres sacrés" obligatoie, que l'on veut croire semi-obscurs, come Perros, et le "popuiaire"! Ce sont les deux mammelles d' esthétique décorative de dénégation de la littérature et des arts en général au profit d'aspect intéressant, certes,mais planplan et bien-pensnt l'exhibition d'une mal_pensance!La révolte conformiste. On manque de Diaghilev! Voire même de Cocteau! LEs découvreurs sont rares!
Nous avons besoin de vertus plus hautes! DE Bacon faisant exploser la toile! De Sterne dynamitant le crâne de Yorick! De JArry extatiques et dentus! De Rémy de Gourmont, de Schwob, de Rachilde! De léon-paul fargue!
Hurrah, cornes au cul, vive le Père Ubu! Zo d'Axa au pouvoir!
L'un est MArcel, l'autre est Amont!

Écrit par : orlando de rudder | 06 juin 2007

Perros est pas populaire, et tant mieux s'il est grincheux, s'il en est qui voyagent et d'autres qui ne bougent pas. Certains "connaissent la grâce d'écrire", d'autres en reviennent (lire la préface de Michon au bouquin de Balzac, "Un Début dans la vie") On peut aimer Perros et Joyce, c'est pas incompatible. D'accord avec vous pour la littérature populaire ; c'est Peguy qui disait (cité par Queneau) "étant peuple, je n'exècre rien tant que de la faire populaire". Il avait bien raison ! Vrai aussi le parallèle avec la littérature pour enfants... Comment on s'abonne aux sonnets de Shakespeare ? Et pour Jarry, un peu de pub : le week-end du 23 à Saint Brieuc, on fête son centenaire, c'est organisé par Christian Prigent, c'est dire que ça sera bien !

Écrit par : laurence | 06 juin 2007

Pour les sonnets c'est sonnet-a-day: il suffit de taper ça sur google! Et shakespeare arrive tout chaud come les croissants du matin!
Ca secoue! Des fois je ne comprens absolument rien, alors, ça me fait chercher! Autrement, pur lapoésie, il y a poézibao qui envoe aussi des poèmes quotidiens..Parfois bons, parfois non,mais c'est ça l'enjeu, la petite surprise quotidienne,la joie tranquille...

La grâce d'écrire, Arland ou Mansfield,Rabelais ou Kostztolanyi, c'st aussi une part de "féminité" particulière.. je ne sais coment dire... Quelquechose qu se rouve chez Edith Wharton,par exemple ou chez Ingebor Bachmann.Beaucoup de femmes..Et les meilleures! Voire même chez Jelinek! On est loin des cuisines gallimardeuses! Vive l'ampleur!
La littérature est un dérivé de la gastronomie!

Écrit par : orlando de rudder | 07 juin 2007

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