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18 mai 2007

André Blanchard (2) – Contrebande (carnets 2003-2005)

Le second livre d’André Blanchard publié par Le Dilettante sous la même couverture qu’Entre chien et loup rassemble des feuilles de ses carnets écrites presque vingt ans plus tard. Curieusement, peu de changement. Toujours la même altitude ; Blanchard plane parmi ses pairs :

« Omis de préciser, à propos de l’italique, que moi non plus je ne rechigne pas à l’employer, sauf que c’est dans une conception tout autre que celle de Cioran, ou de Thomas Bernhard, et même de Gracq, tous à surligner les mots qui doivent nous en mettre plein la vue. »

J’ironise, mais je ne vois pas que se mettre sur la même ligne que ses modèle soit si conforme à la posture d’humilité et de refus du jeu médiatique affichée par l’écrivain :
« Je fus sollicité par la télévision nationale, par Libération pour être le portrait de la dernière page, par Le Matricule des anges pour être le sujet de leur dossier, et je ne compte pas le reste, où on voulait débarquer ici, par exemple pour me tirer le portrait, comme me le demanda Monier. A tout cela j’ai répondu Niet ! et sans états d’âme, même si je me rendais compte que, là, je laissais filer le train sans moi. »

On peut remarquer que depuis, ces pudeurs ont fondu, que la photo de Blanchard fit la couverture du Matricule des anges et que des wagons de folliculaires s’en allèrent débusquer le sage vésulien en sa galerie. Bâtir une réputation littéraire sur des signes extérieurs à l’œuvre, fussent-ils sympathiques, est aussi une marque de l’époque.
Que dire des pages de Blanchard pendant ces deux ans ? Rien qui surprenne le lecteur d’Entre chien et loup. On les lit avec plaisir. Quelques sentences bien senties, ou bien tournées, ou les deux, font naître un sourire :
« La bourrade amicale, c’est parfait, sauf au bord d’un gouffre. »

ou :
« Le catéchisme en une image ? La mort met l’âme en conserve, et Dieu fait des réserves.
Le Jugement dernier ? Un déstockage monstre. »

Mais dans l’ensemble, un train-train misanthrope préside à leur alignement. Grelin et Nougat, les chats de l’auteur, sont admirables comme des chats doivent l’être chez un disciple de Léautaud, Pauline sa fille est parée de toutes les vertus. La misanthropie s’arrête à la porte du foyer.
Le temps a passé depuis Entre chien et loup, Blanchard ne lit plus. D’ailleurs rien de neuf ne trouve grâce à ses yeux ; Modiano seulement, mais il est déjà enseveli par le passé. Alors il relit. C’est fou ce qu’il relit. Ça rassure la relecture, ça évite les chocs. Tout était mieux avant. Rien à espérer de l’avenir.
Il est à craindre que les lecteurs de Blanchard s’éteindront avec sa génération (dont je suis). Il est, finalement, l’inverse de Stendhal.

Pour conclure, une autre notation qui pourrait rejoindre l’anthologie de Pierre Enckell déjà citée :
« C’est l’hiver ; et quand la neige vient à manquer, ce paysage en noir porte le deuil de nos jeunes années. »

Il fallait aussi que cela fût imprimé.

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