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06 mai 2007

303 – Julien Gracq

La longévité de certains me fascine. Claude Lévi-Strauss, Julien Gracq… A l’occasion du quatre-vingt-seizième anniversaire de ce dernier, la revue 303 a publié un fort imposant numéro, qui rassemble hommages et iconographie. Le temps que je le lise, et Gracq frôle les quatre-vingt-dix sept ans.
Le format de la revue rappelle inévitablement le numéro des Cahiers de l’Herne de 1972 consacré au même. A l’époque, nombre de ses contemporains étaient encore vivants, et Mandiargues, Jünger, Béalu, Hellens ou Buzzati avaient contribué à la publication. Dans 303, les plus vieux des auteurs sont en âge d’être ses enfants, et la plupart pourraient être ses petits-enfants ou ses arrières petits-enfants. Les perspectives changent. On va aujourd’hui — c’est un genre littéraire, déclinaison de la traditionnelle visite au grand écrivain — visiter le monument Gracq, comme, j’imagine, on ne l’a fait que pour Hugo et Gide en leur grand âge. C’est le déjeuner des bords de Loire, pour reprendre le titre d’un livre qui appartient à ce genre. 303 nous offre une succession de ces déjeuners et de promenades en sa compagnie ; Gracq reçoit beaucoup. L’intérêt du moment dépend beaucoup de la qualité de l’interlocuteur. Parfois, à l’inverse, Gracq visite : son entretien à l’Élysée avec son ancien condisciple Georges Pompidou est, parmi les souvenirs rassemblés, un des plus plaisants.
Surtout, 303, ramène Gracq à sa dimension ligérienne, là où le Cahier de l’Herne tendait à l’universel. Il s’agit avant tout d’un voyage autour de Saint-Florent-le-Vieil, avec des échappées jusqu’à la Brière et à Nantes. Ça ne manque ni de charme ni d’intérêt, mais si Gracq demeure un écrivain majeur du vingtième siècle, c’est un peu parce qu’il déborde le Maine-et-Loire et la Loire-Inférieure.
Quelques bons écrivains vivants, Kadaré, Bergounioux, Bon, Chaillou, Claudel, Michon, Tournier dans de trop courts articles montrent l’influence qu’a Gracq sur la littérature contemporaine. On s’en contentera, et on regardera les photos bien choisies qui les accompagnent.

Je signale enfin un échange de lettres entre Mag Bodard et Gracq au moment de l’adaptation du Roi Cophetua qui deviendra Rendez-vous à Bray d’André Delvaux ; et un autre entre Ernestine Chasseboeuf et Gracq qui reprend toute leur correspondance à propos de la taxation de la lecture publique et à propos de Jean-Pierre Brisset. Voici la réponse, en 2001, de Gracq au courrier d'Ernestine lui demandant de signer la pétition réclamant que la ville d'Angers donnât le nom de Brisset au grand bassin du jardin du Mail :

" Madame,
Je ne signe guère les pétitions, en effet, et je ne signerai pas la votre. Je m'en excuse, et je m'en console. En effet, les visées du Prince des Penseurs étant gigantesques, pour lui rendre un hommage calibré, il ne faudrait pas moins que débaptiser la place du Ralliement ou le boulevard Foch. Et vous risquez, hélas ! de rencontrer là bien des difficultés.
Merci pour cet envoi qui m'a réjoui et mis de belle humeur."

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