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22 mars 2007

Shaun Tan – Là où vont nos pères

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D’aucune, s’y connaissant en bandes dessinées, et sachant mon goût pour les albums hors normes m’a fait le plaisir de m’offrir Là où vont nos pères de Shaun Tan, alors que c’est elle qui s’en va. Chiasme et magnifique cadeau. Il s’agit d’un épais album sans texte lisible. Il est composé de vignettes de tailles très inégales, du format timbre-poste à la double-page, traité en sépia et en noir en blanc. Voilà pour l’apparence générale et on a encore rien dit.
Un homme fait sa valise, et part en laissant sur place sa femme et sa petite fille dans une ville sur laquelle plane l’ombre de tentacules inquiétants. Il émigre. Train, paquebot. De drôles d’exocets l’accompagnent. Il débarque dans un lieu étrange. Tout est désormais étrange. L’arrivée se fait dans un New York fantasmatique, statue veillant sur le port, immeubles immenses et centre de tri pour émigrants. Je me souviens alors du film de Perec et Bober. On découvre à ce moment des inscriptions, pour nous illisibles comme pour lui. Tests, photos, papiers officiels. L’homme découvre la ville, tout y est incompréhensible, architectures, transports, métiers, animaux… Le seul moyen que l’homme trouve pour communiquer est son carnet sur lequel il dessine. Il trouve à se loger, et découvre dans sa chambre un animal domestique (qui tient du chien, du poisson-chat et du spermatozoïde) qui va devenir son seul compagnon. Grâce à la fraternité qui unit les pauvres, il trouve du travail. Il s’installe dans sa nouvelle vie, se rappelle l’ancienne. Il parvient à faire venir dans son nouveau pays sa femme et sa fille.
Aucun mot n’est écrit, tout passe par le dessin. Et pourtant tout est très clair, Shaun Tan se paye même le luxe de quitter la narration linéaire pour des flash-back ou l’évocation de souvenirs en passant simplement du sépia au noir et blanc (à l’inverse de l’effet attendu).
La grande habileté de Shaun Tan, est de placer le lecteur dans la situation de l’émigrant éberlué. Le lecteur ne comprend pas plus le nouveau monde que l’homme perdu dans la ville démesurée. La symbolisation de l’étrange crée un langage planétaire devant lequel l’incompréhension de chacun est égale. Un inconnu radical pour tout le monde. Si le spectre d’Ellis Island est bien présent, si New York est une matrice, les grandes villes asiatiques (Shaun Tan est un Australien d’origine malaise) sont aussi en filigrane sous les dessins.
Shaun Tan réussit avec Là où vont nos pères (dont le titre original est The Arrival, qui implique un point de vue différent du titre français) ce qui s’approche le plus d’un livre universel.
Shaun Tan propose par ailleurs un site remarquable.

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