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02 février 2007

Francis Lacassin – Mémoires : sur les chemins qui marchent

Il est des hommes que j’envie, que j’envie et que j’admire. Ils ont réussi à faire rémunérer, peut-être chichement, mais tout de même, leur passion pour les vieux papiers. Pascal Pia, Hubert Juin, Francis Lacassin et aujourd’hui le souvent épastrouillant Préfet maritime sont de ces hommes. Francis Lacassin nous livre le premier tome des souvenirs d’un honnête artisan de l’édition. De sa dilection pour la littérature populaire, illustrés, fascicules glanés aux puces, articles depuis longtemps oubliés, romans jamais traduits en français il a su faire une compétence que plusieurs éditeurs ont successivement exploitée. Ce qui caractérise son travail, c’est que non seulement il a tiré de l’oubli des centaines de textes, mais qu’il les a accompagné d’autant de préfaces à la fois érudites et légères, éloignées de la pédanterie souvent de mise dans cet exercice. Le pied mis à l’étrier par Boileau-Narcejac, il va commencer sa carrière dans les clubs d’édition semi-bibliophiles qui prospèrent alors. Il va éditer Simenon, Marcel Allain, un des deux auteurs de Fantômas, qui devient son ami. A la suite de Cendrars, il va exhumer Gustave Le Rouge, et mettre vingt ans à rassembler tous les épisodes du Mystérieux docteur Cornélius.
Ensuite travaillant pour Christian Bourgois, il va donner sa pleine mesure avec l’édition intégrale de Jack London en 10/18. Il part au Klondike visiter la cabane de prospecteur de London à Dawson City et en ramène des brassées de documents inexploités. Ensuite il travaille une vingtaine d’années pour la collection Bouquins/Laffont. C’est à lui qu’on doit l’édition des œuvres complètes de son ami Léo Malet, et celle des Mémoires de Casanova, pour laquelle il est allé plusieurs étés de suite recopier ses manuscrits dans un petit château de Bohème. Entre temps, il a entamé avec quelques autres le processus de légitimation de la bande dessinée — il a été un des premiers à donner un enseignement à l’Université sur le sujet, même si on peut regretter sa polarisation excessive sur la bande dessinée américaine. Il est vraiment un de ceux qui ont changé le regard d’une frange lettrée des lecteurs sur des livres présentés jusqu’alors comme purement récréatifs, en montrant leur richesse. Il fait partie des passeurs dont l’importance est méconnue mais bien réelle et qui nous ont donné le goût des lectures buissonnières.

Commentaires

J'ai eu la chance de côtoyer le groupe de LAcassin, avec mon "tonton", Remo Forlani qui, en ces temps reculés, collaborait avec LAcassin pour donner ses lettres de noblesse à la BD encore méprisée. Remo, compain d'école de mon père et LAcassin avaient fondé "Giff Wiff", l'une des tout premieres publications dédiée à la BD... ET, pour le gamin que j'étais, ce fut l'émerveillement!

Écrit par : orlando de rudder | 03 février 2007

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