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27 janvier 2007

Warja Lavater – Le petit chaperon rouge (une imagerie d’après un conte de Perrault)

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Paru en 1965 ce leporello (leporelli ?) est le premier des six contes que Warja Lavater a transformés en livres-objets qu'elle appelle des imageries. Il s’agit d’une bande de papier de 4,74 mètres, pliée en accordéon et lithographiée. Deux plats de couverture enserrent le livre qui est présenté dans un coffret de plexiglas. Il a d’abord été publié par le Museum of Modem Art de New York et ensuite en France par Adrien Maeght et était vendu dans les musées avant de connaître une diffusion moins confidentielle.
Warja Lavater est une artiste suisse, née en 1913, qui se place dans la postérité du Bauhaus et du constructivisme russe (dont Nathalie Parain fut la propagatrice dans l’illustration française pour la jeunesse). Son Petit chaperon rouge n’est pas à l’origine destiné particulièrement aux enfants. Il procède d’une démarche bien ancrée dans son époque. Warja Lavater met à nu la structure du conte, appliquant, peut-être en les ignorant les théories de Propp et de Greimas, puis elle code graphiquement les actants et les fonctions. Triomphe du structuralisme et de la sémiologie. Le seul texte du livre est la légende du codage donnée sur la première page : un rond jaune pour la mère, un rond rouge pour la petit chaperon, un rond bleu pour la grand-mère, un groupe de ronds verts pour la forêt, un rond noir pour le loup, un rond marron pour le chasseur… Et vous m’arrêtez : où donc Warja Lavater a-t-elle vu un chasseur chez Perrault ? C’est chez Grimm qu’apparaît le chasseur. Chez Perrault, le Petit Chaperon meurt dévorée et le conte est conclu par cette morale délectable :

« On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d'écouter toute sorte de gens,
Et que ce n'est pas chose étrange,
S'il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte;
Il en est d'une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles;
Mais hélas! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux. »

Ce livre d’artiste, expérimental et luxueux, a rencontré pendant la décennie suivant un succès inattendu, les institutrices de maternelles s’en sont saisi et ont reproduit la démarche de l’artiste en l’appliquant à toutes sortes de récits. C’est un des livres, avec Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni, qui a eu le plus d’influence dans les écoles dans les années 1970 et 1980. Mais, personne, pas même Warja Lavater, ne retrouvera ensuite la qualité d’évidence de ce coup d’essai, et toutes les déclinaisons de l’idée originale paraîtront laborieuses.
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