Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15 janvier 2007

Raymond Guérin – Représailles

Dommage de se saisir du prétexte de la lecture de cet extrait de son journal pour parler de Raymond Guérin. Je le tiens pour un des romanciers majeurs de son époque et Représailles non plus que sa Correspondance avec Henri Calet publiée en 2005 n’ajoutent rien à sa renommée. Doit-on d’ailleurs publier toutes les pages inédites laissées par des écrivains morts ? On peut se poser la question en lisant cet opuscule (que Guérin destinait probablement à la publication, il n’est que de voir le soin apporté à sa calligraphie).
Rappelons les circonstances de l’écriture de ce journal. Raymond Guérin, agent d’assurance bordelais, commence à connaître un petit succès littéraire avant guerre avec des romans âpres à résonances autobiographiques comme Zobain. Il est fait prisonnier en 1940 et passe quarante et un mois en stalag. Il y esquisse ses grands livres : L’apprenti, Parmi tant d’autres feux et Les poulpes. Rentré en France, la Libération le surprend à Périgueux.
Représailles commence le 20 août 1944 et s’achève le 20 octobre de la même année. Guérin se rend très vite compte que les résistants de la vingt-cinquième heure paradent en ville et règlent leurs comptes devant les tribunaux. Mais, plutôt que de raconter ce qui se passe à Périgueux, il tire des conclusions, analyse, nous fait la leçon. Il est desservi par les événements. A Périgueux, il ne connaît personne, il n’y a pas vécu l’occupation, et ne sait rien des turpitudes de tel ou tel. Il reste cantonné aux généralités. Il devient plus intéressant lorsqu’il rend compte d’une audience de la Cour martiale. Enfin de la chair. On y voit deux accusées, la pute dépassée et la bourgeoise retorse, se justifier comme elles peuvent face au tribunal. Mais souvent Guérin rapporte des faits auxquels il n’a pas assisté et les tord dans le sens de son réquisitoire. Sa détestation de Pétain et de la collaboration donne l’impression d’être rhétorique. Il écrit pour l’Histoire alors qu’il a tant de motifs personnels à être révolté :

« Et bien ! je continuerai à voir les Journaux et les Revues me bouder. Ma hargne trouvera son exutoire dans ce vieux cahier. Je laisse les Marionnettes du Jour à leurs Théâtres. Qu’elles endossent le travesti du Bateleur. Qu’elles montent sur les Tréteaux. Déjà, je vois ceux-ci encombrés par les habiles et les opportunistes, par les tièdes d’hier, par les frénétiques d’aujourd’hui. Allez-y, ne vous gênez pas pour moi ! C’est toujours la Foire d’Empoigne qui continue. C’est-y pas gentil comme ça ? Oui, il l’a bien gagné, son combat, le petit père Hitler ! Ça y a pas à dire ! Barbarie pas morte, pas morte du tout ! Donnez-vous en à cœur joie, mes Beaux Messieurs ! Et moi, je vous emmerde ! ! ! »

J’aime définitivement moins le Guérin qui prend la pose que Monsieur Hermès l’onaniste furieux de L’apprenti. J’aime définitivement moins le Guérin qui ne cesse de jérémier auprès de Calet , que le Grand Dab et ses compagnons de camp Face-de-Fesse, Bite-en-Bois, Domisoldo, Jésus-qui-se-Touche, les personnages des Poulpes. La dérision et la vraie rancoeur sont les ingrédients qui manquent définitivement à Représailles.

Commentaires

Pour avoir eu entre les mains et entièrement lu les onze cahiers manuscrits du Temps de la sottise, dont est tiré l'essentiel des inédits de Guérin qui paraissent régulièrement un peu partout, je ne peux qu'abonder dans votre sens. S'y révèle à chaque page la pose de l'aigri, du grand écrivain méconnu, du marginal isolé, qui est la réalité profonde du bonhomme. Réalité au moins sans intérêt, au pire insupportable, qui ne devient lisible que lorsqu'elle est pétrie, concassée, malaxée dans un projet d'écriture rigoureux. On pourrait, même à ce stade (celui des trois volumes écrits de l'ébauche d'une mythologie de la réalité), faire la fine bouche encore et remarquer que la ficelle (la matrice de la transposition littéraire) est un peu grosse et pas bien originale, mais enfin, ça marche quand même nettement mieux, et les Poulpes reste un grand livre sur un pan de notre histoire, les prisonniers de guerre, beaucoup moins bien servi par la littérature que d'autres de la même époque.
D'où d'ailleurs, bien des jérémiades de Guérin, à la limite de la décence souvent, " il n'y en a que pour les déportés, et moi??!!".
Guy Ponsard

Écrit par : Guy Ponsard | 18 janvier 2007

Comme quoi le goût du simple amateur que je suis rejoint sans le vouloir l'opinion du lecteur plus averti que vous êtes. J'aime les romans de Guérin, ses autres écrits que j'ai pu lire ces derniers temps ne me paraissent pas les valoir, et de loin. Merci de conforter cette impression.
Mais pourquoi publie-t-on ces cahiers inédits ? Il ne me paraît pas que l'enjeu financier puisse être invoqué. J'avoue ne pas bien saisir.

Écrit par : ingirum | 18 janvier 2007

Bonjour,
Quel est à votre avis le meilleur roman de Guérin? Merci d'avance de votre réponse. C'est pour la constitution d'un fonds de bibliothèque municipale.

Écrit par : OrnithOrynque | 13 février 2007

Les deux auxquels je fait allusion. Si vous êtes tenté par la veine "Mort à crédit", c'est "L'apprenti" qu'il faut prendre. Si vous êtes plus "Le caporal épinglé", choisissez "Les poulpes". Sauf que c'est plus âpre et sarcastique. En tout cas c'est celui que je préfère.

Écrit par : ingirum | 13 février 2007

Merci à vous, je prends note. J'avoue que pour l'instant je ne détermine aucune veine en particulier, peut-être plus "Mort à crédit" quand même.

Écrit par : OrnithOrynque | 13 février 2007

Personnellement, j'admire 1: L'Apprenti, 2: Les Poulpes, 3: Quand vient la fin, et 4 (mais c'est très long): Parmi tant d'autres feux, 5: Le Temps de la sottise (texte ébauché mais qui était prometteur, je parle du volume édité par le Dilettante). Moi aussi, je n'aime guère le Guérin poseur et pontifiant, mais je prends tous ces fragments extraits de l'ensemble de ses carnets comme des documents pour les fanatiques de Guérin qui lui passent ses défauts au nom de l'amitié qu'ils lui portent par delà la mort et le fait qu'ils ne l'ont pas connu (c'est peut-être mieux du reste...). J'aime recevoir des nouvelles de Guérin...
BM.

Écrit par : Bruno Montpied | 29 juin 2007

Les commentaires sont fermés.