Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09 janvier 2007

Kris et Etienne Davodeau – Un homme est mort

medium_Davodeau.serendipityThumb.gif
En un demi-siècle la manière dont on perçoit les images a étonnamment changé. L’image photographique et plus encore cinématographique était rare et crédible. On la considérait. Aujourd’hui, elle est profuse. Les téléphones filment, les ordinateurs photoshopent, pinnaclent, youtubent ou dailymotionnent. Elle est déconsidérée. A l’inverse, l’image dessinée était méprisée, particulièrement sous son aspect bande dessinée. Fripounet et Marisette d’un côté, comme Vaillant de l’autre, n’étaient que des bêtises pour les mômes. Aujourd’hui, elle est légitime.
Brest 1950, la ville entièrement détruite pendant la guerre n’est qu’un vaste chantier. Les conditions de vie des ouvriers du bâtiment, des dockers et des ouvriers de l’arsenal sont très difficiles et des grèves éclatent en 1950. Un ouvrier Édouard Mazé est tué par la police lors d’une manifestation. Pour populariser la lutte, la CGT va demander à René Vautier, jeune cinéaste communiste qui vient de réaliser son premier film en Afrique, de filmer l’insurrection bretonne et les manifestations qui suivent la mort de Mazé. Vautier ne bénéficie d’aucun moyen pour accomplir sa mission militante. Il filme avec des bouts de ficelle. Ne pouvant enregistrer de son direct, il détourne un poème d’Eluard qu’il fait enregistrer par un jeune ouvrier et qu’il synchronise avec ses images. Son film, dont il n’existe pas de copie, se consume à être projeté dans les mois qui suivent sur tous les lieux de conflits sociaux. Il n’en reste rien. Que trente secondes d’images, retrouvées cinquante ans plus tard à l’occasion de l’écriture de cet album. Trente secondes pendant lesquelles on aperçoit le visage du grand-père du scénariste Kris. La boucle est bouclée.
Un homme est mort est une entreprise paradoxale qui vise à substituer aux images anciennes tournées par Vautier, des images nouvelles dessinées par Davodeau. Le film de 1950 est en partie redessiné. Mais le film n’est pas donné nu, il est accompagné du work in progress, des conditions de sa réalisation. C’est aujourd’hui la bande dessinée qui témoigne là où le cinéma ne peut plus le faire.
Le travail de Davodeau, comme dans Les mauvaises gens, est un équilibre réussi entre la restitution de la mémoire ouvrière et militante et la subtilité formelle. Ce sont des albums qui ne prennent pas le lecteur pour un idiot et lui laissent une part du travail à effectuer.

Commentaires

Les commentaires ici n'abondent pas, ce qui semble confirmer l'idée que leur nombre est inversement proportionnel à l'intérêt que présente le blog où on les trouve...
Étant naturellement portée à l'indulgence, nous ne citerons personne.

Écrit par : Rose Chapotel | 09 janvier 2007

Tu as dit l'essentiel.
J'aime, quant à moi le contraste entre la possible rapidité de réalisation d'un film et la lente élaboration d'une reconstitution historique par la technique du dessin : deux rythmes de travail, ici pareillement inspirés par un hommage aux ouvriers, au Travail.

Juste une remarque sur notre abondance technologique et numérique pour laquelle, en ce moment, sans doute nécessaire, d'appropriation de tous ces objets nouveaux, nous sommes le plus souvent plutôt absorbés par les appareils que par ce qui serait à saisir du monde.

Écrit par : M | 14 janvier 2007

Les commentaires sont fermés.