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19 octobre 2006

Guy Darol – Joseph Delteil brille pour tout le monde

Voici un petit livre qui rappelle à propos la place que tient encore Delteil pour ceux qui aiment la littérature hors mode (qui est le contraire de la littérature hors sol, rien de plus terrien que Delteil). Guy Darol ne nous dit rien ou presque de Delteil, mais tout de son effet. Comment la lecture de Delteil change la vision de son lecteur. Comment la Bretagne sous son influence se mue en Languedoc. Vivre de peu est la devise de Delteil que reprend Darol, mais à les lire on peut rajouter sans se tromper, vivre bien. Ils ont abandonné la comédie sociale quand ils avaient en mains les atouts pour y briller, pour simplement vivre. Et Delteil, le fils de charbonnier catalan, l’ancien représentant de blanquette de Limoux « de la marque Génie », l’écrivain lancé des années 1920, l’époux de Caroline Dudley, qui introduisit le jazz en France avec la Revue nègre, l’ami d’Henry Miller, le vigneron, est un maître formidable de vie.
Robert Morel publia jadis le maître livre de Joseph Delteil, La cuisine paléolithique, relié dans un torchon de cuisine aux initiales de l’auteur et pourvu d’un anneau pour le suspendre à la poutre de la cuisine. J’en extrais la recette de la grillade de bœuf à l’Homère :
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« Le robuste samedi, c'est le jour du bœuf. Et Dieu merci, tout décoré de rubans et de feuillages et fleuri de roses sang, comme on le fait courir à Espéraza. L'idéal serait le bœuf à la broche, entier et tout, le véritable paléolithique, le bœuf « en cuir » de la pampa, le buffle sur piques, le taureau à la broche en Camargue j'ai vu ça) :
Prenons un bœuf de belle mine, en plein air, à bon vent, etc. C'est la saveur la plus naturelle, la plus superbe, la plus amoureuse, la plus magique de la terre. Sinon, la grande grillade homérique, fantastique, fabuleuse, le cœur sur la main, la brave entrecôte de papa (avec toute la côte), le tournedos Nabuchodonosor. Et vive le mâle! Malheur aux vachettes! La graisse blanche, Dieu le veut! La viande « pittoresque ».
Il s'agit d'avoir de la grosse braise à pelletées, de chêne vert ou rouvre, ou de sarments mâles (mâles, tout est là) et taillés en lune vieille (le hêtre est trop froid, le pin volage, le genévrier bon pour les demoiselles).
Le gril en fer doux. Et n'aille pas poser ton gril sans quelque biais, la graisse y rigole mieux, d'ailleurs biais en patois (biaich) veut dire adresse.
Retourner trois fois, deux pour le jus et une pour la cuisson, et en l'honneur du Saint-Esprit.
Ça doit être noir dessus, rouge dedans (noir et rouge, les couleurs d'Homère).
Est-ce tout ? »


Darol ne s’y trompe pas et ne nous trompe pas, Delteil est nécessaire. Puisse cette célébration perpétuer le goût de sa lecture.

Commentaires

Vous venez de faire plus d'un heureux. Signé : Un membre de la charbonnerie.

Écrit par : Guy Darol | 24 octobre 2006

Merci de rappeler de lire (et relire) Delteil. Je l'ai lu en version "remise en occitan", par Yves Rouquette ; Jésus 2, Choléra, François d'Assise. Je vais de ce pas le relire... enfin, dans la semaine qui vient.

Écrit par : Ouadou | 01 novembre 2006

Je me permets une précision : le père de Joseph, Jean-Baptiste, est né en 1857 à Freychenet dans l'Ariège. Donc plus Occitan que Catalan.
En vous remerciant pour cet article.

Écrit par : Flo | 16 janvier 2014

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