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26 juin 2006

Georges G. Toudouze et Albert Robida - François Ier : le Roi chevalier

L'Histoire en cinémascope et technicolor
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Dans les premières années du siècle, la défaite de 1870 n'est toujours pas digérée par les Français. Les livres pour la jeunesse se donnent alors pour mission d'exalter le sentiment national et de former une nouvelle génération prête à défendre son pays. La "Collection d'albums historiques" des éditions Boivin participe de ce mouvement d'inculcation des valeurs patriotiques qui domine la production de livres de jeunesse. Les grandes figures de l'histoire de France, Louis XI, François Ier, Henri IV, Richelieu, le Roi-Soleil, le chevalier de La Tour d’Auvergne et Bonaparte sont les sujets de grands albums richement illustrés. Deux artistes se détachent parmi les illustrateurs de la collection : Job qui a signé les aquarelles de trois des titres, et Robida, qui est l'auteur de la mise en scène du François Ier, écrit par Georges G. Toudouze.
D'un texte ardu, peu pédagogique et se plaisant aux citations en ancien français, Robida, illustrateur qui s'était rendu célèbre quelque trente ans auparavant en réalisant une série de guides touristiques illustrés, va produire un objet spectaculaire, propre à permettre aux enfants, petits et grands, de s'ébaudir. Tous les épisodes de la vie du Roi Chevalier donnent ici lieu à des illustrations pleine page, et parfois même à de véritables compositions de genre qui s'étalent sur l'espace entier de la double page, comme l'entrevue du Camp du Drap d'Or ou la bataille de Cérisoles. Dans une profusion de couleurs avivées par l'emploi de l'aquarelle, une multitude de personnages occupe la surface de la page structurée par de grandes masses colorées.
Un dessin touffu, souligné par des hachures, rend la vie d'une époque, la Renaissance, telle qu'on pouvait l'imaginer au début du siècle dernier. Rien ne manque dans les scènes choisies par Robida armures, tournois, batailles, chasses, décapitations et pendaisons, galères, mais aussi luxe, châteaux, fou du roi, plaisirs de la Cour, pour s'achever par la présentation de la Joconde par Léonard de Vinci au roi. Le florilège des représentations obligées, qui met l'accent sur les scènes guerrières, dégage malgré tout, grâce à la technique de l'artiste, l'exhalaison d'un charme suranné, celui du temps où l'histoire ne bénéficiait pas encore du grand écran et où le cliquetis des armures et le fracas des batailles s’imaginaient en contemplant les compositions d'un album illustré.

On ne sait si l'exemple de la fourberie de Charles-Quint, empereur d'Allemagne, opposée à la fougue chevaleresque de François Ier secondé par Bayard, contribua à rendre plus patriotes les jeunes lecteurs - ceux-là mêmes qui, un lustre plus tard, pataugeront dans la boue des tranchées. Mais l’impeccable mise en scène de Robida, qui avait porté l'illustration réaliste à son acmé les aura initiés à la beauté et, peut-être, leur aura donné le goût de l'Histoire.