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16 avril 2006

Roberto Bolano - La littérature nazie en Amérique


Nous avons à faire avec Roberto Bolano à un écrivain masqué.
Il est né 30 janvier 1933 à Asuncion au Paraguay, et il passa son enfance et sa jeunesse sous le nom de Rodolfo Wilcock. Sa famille était italo-espagnole (il était le cousin germain d'Hugo Pratt, qui le fréquenta quotidiennement pendant son séjour argentin). Sa mère s'étant remariée très vite avec un lexicographe britanique, c'est sous le nom de ce dernier qu'il publiera ces premiers livres. Comme l'illustre Borges, son voisin argentin, il fut un disciple de Marcel Schwob, dont il admirait particulièrement les Vies imaginaires. Il apprit le français pour pouvoir le lire et passa de longues heures plongé dans la vie de Frate Dolcino, hérétique, de Cecco Angiolieri, poète haineux, de Cyril Tourneur, poète tragique ou de Gabriel Spencer, acteur. C'est là qu'il prit le goût définitif du bref récit de vie. Il commença à écrire dans la presse paraguayenne des années 60, presse de haute tenue littéraire, puisque l'imaginaire était le seul domaine non explicitement interdit par le régime militaire (malgré des intimidations qui allèrent jusqu'à l'interdiction du Journal de Babar, l'entourage du président Alfredo Stroessner, ayant cru le reconnaître sous les traits du pachyderme, mais nous nous égarons). Lassé de l'atmosphère pesante de son pays, Rodolfo opta pour la Suisse, ou il retrouva son cousin Pratt, et rassembla en volumes ses vies brèves. Le stéréoscope des solitaires en 1976, puis La synagogue des iconoclastes en 1977 dressent un premier panorama de sa production écrite en italien.
Dans ce dernier recueil nous rencontrons Absalon Amet, inventeur au XVIIIème siècle d’une machine mécanique à composer des phrases, dont il publie certaines : “L’enfer, c’est les autres”, “Le bouilli c’est la vie, le rôti c’est la mort” , "Le soleil dépose sa pontificale étole", "Tout le réel est rationnel" qu'on retrouvera plus tard sous d'autres plumes ; on croise aussi Jules Flamart auteur d’un dictionnaire "La langue en action" dont la lecture suivie constitue un récit - les pages 283 et 557 de cet ouvrage nous convainquent de l'intérêt de la démarche.
La chute de Stroessner en 1989 et l'arrivée de Silvio Berlusconi à la présidence du conseil en Italie en 1994 provoquèrent une conjonction qui bouleversa Wilcock. Il abandonna d'un coup son nom et sa langue.


C'est sous l'identité de Roberto Bolano, empruntée à un pilote de rallyes mexicain des années 70, qui l'avait impressionné par son sens de la trajectoire, qu'il réapparaît dans le monde culturel sud-américain. La literatura nazi en America, écrite en espagnol, et publiée en 1996, reprend le schéma de l'oeuvre wilcocko-bolanienne :

"Ce livre est lui-même inspiré par L'histoire universelle de l'infamie de Borges. Lequel est inspiré par les Portraits réels et imaginaires d'Alfonso Reyes. Lequel est inspiré par les Vies imaginaires de Marcel Schwob."

Mais, les récits de vies proposés par Bolano sont reliés entre eux par un thème commun : la prégnance du nazisme sur la société sud-américaine. Nous commençons avec les portraits de la famille d'écrivains argentins Mendiluce, admirateurs d'Hitler. Et continuons par d'autres personnages bizarres et inquiétants, tels que présentés dans l'épilogue :
- Cecilio Macaduk, Conception, 1956 - Santiago, 2021. Ecrivain chilien, à l'oeuvre étrange, portée aux détails et aux atmosphères pesantes. Jouissant d'une grande réputation aussi bien parmi les lecteurs que dans la critique. Jusqu'à trente ans, il travailla comme commis dans un magasin de chaussures.
- Berta Macchio Morazan, Buenos Aires, 1960 - Mar del Plata, 2029. Illustratrice amateur et nièce du docteur Morazan dont on dit qu'elle fut la maîtresse. Elle fut également la maîtresse d'Argentino Schiaffino. Jeune femme au caractère hypersensible, sa relation avec ces personnages la mena à l'asile psychiatrique et à plusieurs tentatives de suicide. Le docteur Morazan aimait l'attacher au lit ou à une chaise. Argentino Schiaffino préférait plus traditionnellement la gifler ou éteindre des cigarettes sur ses bras et ses jambes. Elle fut également la maîtresse de Scotti Cabello, et , à l'occasion, de huit ou neuf membres de la vieille garde ultra de Boca. Morazan affirma toujours l'aimer comme sa fille.
- Honesto Garcia, Buenos Aires, 1950 - Buenos Aires, 2013. Ancien fier-à-bras et leader des ultras du Boca. Il mourut dans la misère, chantant des tangos à tue-tête, pleurant et se chiant dans les pantalons dans une rue perdue de Villa Devoto.

Bolano raconte dans ce livre une Amérique du Sud fantôme ou parallèle, gangrenée par le nazisme, un nazisme qui a l'air parfaitement accepté par tous, naturel.

Depuis il semblerait que la carrière littéraire de Roberto Bolano se soit interrompue en 2005 à la suite de son décès, après avoir publié plusieurs autres livres sous ce second nom de plume.

Commentaires

Cette note constitue-t-elle une vie imaginaire, elle aussi ?

Écrit par : Zolurne | 18 avril 2006

Beaucoup de l'information que vous avez sur Bolaño est incorrect. Seulement je vais vous dire qu'il est né en Chile. Où avez-vous obtenu cette information?

Écrit par : Ricardo Barreto | 27 décembre 2006

On ne doit pas parler du même.

Écrit par : ingirum | 29 décembre 2006

Bonjour ,

D' où tenez - vous ces informations sur Wilcock ? En tout cas , la biographie que vous en donnez ne correspond pas du tout à celle de Sylvia Baron Supervielle en préface des poésies de Wilcok ( ed poche de La Difference ) .

Cordialement ,
L

Écrit par : bazoge | 11 mai 2007

Je crois que l'on se trouve là devant une tentative d'exercice Borgésien...

Écrit par : Ya | 29 septembre 2007

J'apprécie ,vous avez vu juste ici, j'adore ce que vous déclarez et la façon dont vous le dites.

Écrit par : Lou | 13 juin 2012

Les commentaires sont fermés.