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27 mars 2006

Géographies d'André Hardellet

Comme celle de Julien Gracq, l'oeuvre d'André Hardellet est habitée par un souci topographique. L'inscription du paysage dans le texte est constante dans son oeuvre. Poèmes, romans, essais ne sont que des tentatives de transcription sur le papier du "génie du lieu".

"Un jour, j'inventerai les signes de ma topographie personnelle : baisers dans les fougères, postes d'affût des grosses truites, coups de foudre, harems champêtres, traces de fées, moissonneuses nues, violettes hallucinogènes, arbres à casse-croûte, granges-aux-belles, cabarets en lierre, haltes du temps, sourires, etc. Je me demande si M. Larousse, qui emploie des jeunes filles à souffler sur des pissenlits, accueillera mes suggestions dans ses excellents ouvrages."(Les Chasseurs deux)

Si les lieux sont primordiaux pour Hardellet, tous ne recèlent pas au même degré cette force déclenchante qu'il recherche par la promenade et par l'écriture, deux activités équipollentes pour lui. Si l'on pouvait mettre en équation les lieux évoqués dans son oeuvre, on s'apercevrait que la campagne occupe une place minime, la ville une place plus importante, encore que minoritaire, et la banlieue la place prépondérante. Ce constat, au delà des considérations biographiques qui peuvent venir à l'esprit, corrobore notre hypothèse qui veut qu'Hardellet ne soit jamais plus à l'aise que dans l'entre-deux.
Remarquons, avant de suivre Hardellet sur les lieux où il nous mène, que certains paysages sont absents de son oeuvre — les lieux où, précisément il ne nous mènera pas. Premier étonnement, qui infirme, s'il en était besoin, les applications de la biographie à l'oeuvre, Hardellet, qui vécu une partie de son enfance à Saint-Raphaël, ignore les paysages maritimes et la mer comme lieu possible à écrire. De même, la montagne et tous les paysages sauvages sont absents de ses écrits. Enfin, nous avons parlé de la ville comme un des lieux d'Hardellet, il nous faut ici préciser que presque jamais en fait de ville, il ne mentionne une autre cité que Paris, Londres et éventuellement Amsterdam. Les villes de province n'existent pas, la ville se doit d'être métropole et capitale et d'avoir une histoire riche et multiséculaire pour devenir objet d'écriture.
Ainsi donc, pour Hardellet, le paysage, le lieu n'a de sens à être écrit que s'il est humanisé. La trace de l'homme dans la nature, la nature changée par l'homme, ou même la nature éliminée par l'homme, voici ce qu'il cherche à lire dans le paysage. Le naturel, l'organique, le sauvage ne l'intéressent pas, puisqu'ils échappent à la contrainte humaine, et surtout à l'histoire.
Malgré tout, même si elle ne couvre pas, loin s'en faut, tous les possibles du paysage français, l'entreprise topographique d'Hardellet est une dimension essentielle de son oeuvre, passionnante par ses partis pris même. Elle fait coïncider l'imaginaire topologi-que de l'auteur avec son imaginaire social, et nous aurons à voir que ces espaces humanisés, dont il a été question, ont partie liée avec l'espace social.
Notre démarche pour aborder ces territoires sera centripète, partant du pôle où la nature domine largement l'humain, pour aboutir à celui dont la nature est presque entièrement absente et que l'histoire humaine a totalement façonné.

Commentaires

Juste une remarque de style : « loin s'en faut » est une expression critiquée, les puristes préfèrent « tant s'en faut ».

Écrit par : Dominique | 27 mars 2006

Ah, l'habitus du correcteur de copies...

1 - Je ne suis pas puriste.
2 - J'ai passé l'âge de me plier aux diktats imbéciles.
3 - On ne gouverne pas (la langue) contre le peuple :
http://www.googlefight.com/index.php?lang=fr_FR&word1=%22loin+s%27en+faut%22&word2=%22tant+s%27en+faut%22
ou alors Villepin a encore de beaux jours devant lui.

Sans rancune.

Écrit par : ingirum | 27 mars 2006

Bonjour à vous,

Hardellet m'attire à la manière magnétique de certains auteurs, en général en raison de quelques coïncidences, parfois des malentendus, des mythologies faciles, qui semblent parfois annoncer un réseau ... Ainsi chez lui c'est notamment sa fascination pour la Bièvre, affluent occulte de la Seine, qui a éveillé mon attention, ou encore aussi le fait qu'il était édité dans la collection de L'Imaginaire, et d'autres détails - comme ce rapport magique (mais uniquement si je vous lis bien...) aux lieux que je prise énormément - qui m'ont fait pressentir l'homme familier, comme vous dîtes, de l'entre-deux, de l'intersection du songe et du réel...

Bravo pour votre blog très consistant.
Bien à vous.

Écrit par : OrnithOrynque | 27 mars 2006

Bonjour,

Je viens de re(re-re)lire le Parc des Archers et juste après, je me suis re-mis à ma re-lecture de la Recherche où j'ai découvert au début de du côté de chez Swann, dans le passage sur les lilas, "Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en
tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret".
Je ne suis pas sûr que la coïncidence soit fortuite ...

Bravo pour le blog que je découvre à l'instant, il faudra que j'y revienne.

Écrit par : yéti | 27 août 2007

La phrase de Proust n'avait jamais attiré mon attention mais vous avez peut-être raison, l'incipit de Lourdes, lentes... http://ingirum.blogspirit.com/archive/2006/10/27/andre-hardellet-lourdes-lentes.html
dit la familiarité d'Hardellet avec Proust.

Écrit par : ingirum | 27 août 2007

Je ne trouve d'autre moyen que d'en passer par "écrire un commentaire", ne trouvant en nul autre endroit moyen de vous contacter, encore que ce soit d'évidence aléatoire puisque votre "blogue" est fermé depuis 2008. Enfin, si toutefois vous lisez toujours ces commentaires, sachez que je suis intéressé par votre étude sur Hardellet en vue d'un projet éditorial. Merci de votre attention

Écrit par : Rémy Leboissetier | 01 novembre 2010

Les commentaires sont fermés.