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12 mars 2006

Jean Vodaine, l’ouvrier poète

Légèrement moins âgé que Jules Mougin, un autre ouvrier-poète-imprimeur-graveur-peintre-et-j’en-passe Jean Vodaine mérite qu'on se penche sur son oeuvre.
Né en 1921 à Volce en Slovénie, Vladimir Kaucic, émigre avec ses parents en 1924. La famille s’installe à Basse-Yutz en Moselle minière, où le petit Vladimir accomplit ses études primaires, sanctionnées par le Certificat d’études en 1933. Il se destine à devenir cordonnier comme son père, mais les circonstances l’obligent à travailler comme manœuvre aux haut-fourneaux de Thionville, puis comme monteur électricien, comptable de chantier et aide-métreur chez Alsthom, jusqu’à ce qu’un accident du travail en 1960 interrompe sa carrière. Vladimir Kaucic est un ouvrier lorrain comme il y en a des milliers à la même époque. N’était que sous Vladimir Kaucic depuis 1947 le poète Jean Vodaine a percé.
C’est par la poésie que Vodaine commence ; ses premiers recueils parus Rose et Noir, Le Toron noir se voient récompensés par le prix Verlaine et un prix aux jeux floraux de Toulouse. Deux poignées de livres de ses propres poèmes seront publiées par Vodaine en un demi-siècle. Il n’encombre pas les étagères mais sait s’exprimer quand le besoin s’en fait sentir. Dans sa poésie, aucun reniement, tout est gravé, la mémoire ouvrière, les ciels de plomb et les fumerolles de Basse-Yutz, les espoirs qui ne demandent qu’à être déçus :

Des comptines pour compter
les cailloux blancs
dans le sable de la Moselle
des fumées des hiboux des choux
Uckange Serémange
je prends une usine je la mange
Hayange Hagondange
si tu la devines camomille
tu seras pâtissier
pignon à Thionville

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Vodaine fait partie de la mouvance des écrivains prolétariens qui émergent au lendemains de la guerre. Écrire de la poésie ne lui suffit pas, il veut aussi que la poésie atteigne le plus grand nombre. Pour cela les revues sont le véhicule idéal. En 1949, il lance sa première revue Poésie pour tous, au sommaire de laquelle on peut relever les noms de Michel Ragon, Jean L’Anselme, Jules Mougin ou Gaston Chaissac. C’est sa première revue, elle sera suivie de plusieurs autres. En 1951, c’est le tour du Courrier de Poésie, fondé avec Edmond Dune, qui accueille dans ses pages des textes d’Hervé Bazin, Pierre Béarn, Marcel Béalu, Alain Borne, Maurice Carême, Franz Hellens, Jean Rousselot ou Robert Sabatier. En 1958, la revue La Tour aux puces, dont le sous-titre Au carrefour de l’Europe dit bien les ambitions, prend le relais jusqu’en 1961. Adrien Printz qui fut de l’aventure résumait ainsi leur travail :
« N’empêche, nous avions donné à lire de la poésie à nos gens des mines et usines, pour pas cher du tout, et fait la preuve, par-delà les diplômés en toutes lettres, que des hommes de tous les jours pouvaient aussi avoir de belles choses à dire. »



Une nouvelle revue Dire naît en 1962, celle-là sera publiée jusqu’en 1984. C’est dans Dire que Vodaine va donner la pleine mesure de ses talents. Il continue bien entendu à écrire de la poésie, mais il s’épanouit aussi dans la linogravure, et surtout il fait montre d’un talent de typographe hors pair. Les poèmes mis en page, mis en signes pourrait-on dire, par Vodaine deviennent des objets esthétiques. Les poèmes-affiches de Dire, tirés sur papier kraft, composés avec des caractères de tailles différentes apportent une dimension visuelle inattendue à la poésie populaire défendue par Vodaine. Ils restent encore aujourd’hui d’une étonnante modernité.
C’est pendant cette riche période de la revue Dire que Vodaine, revenu en Lorraine après un long séjour près de Montpellier, tente une nouvelle expérience. Pour faire descendre la poésie dans la rue, il convient d’y avoir une vitrine. Vodaine s’installe pour quelque temps dans une ancienne cordonnerie, rue des Allemands à Metz et la transforme en Maison de la Poésie.
En 1984, lassé sans doute par tant d’efforts dispensés pour diffuser la poésie, Vodaine abandonne Dire ; il continue néanmoins d’écrire et de publier les œuvres de ses amis. Mais c’est désormais surtout dans la peinture qu’il trouve son bonheur.
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Commentaires

Les poèmes-affiches... Cela me rappelle une initiative des éditions Seghers dans les premières années 70 : des poster-poèmes. Le mot "poster" était d'un usage récent. La mise en pages était soignée, le choix des textes intéressant (même si je n'en ai plus le souvenir exact) et le support suffisamment rigide pour ne pas souffrir de l'accrochage. Le papier était gaufré, brillant parfois et même de couleur or ou argent. Pas du meilleur goût, mais dans celui du moment en tout cas. Culturellement parlant, cela avait fait un peu de bruit, avait reçu un écho favorable mais n'avait guère connu le succès, à cause, je crois, du prix qui était relativement élevé.

Écrit par : Jacques Layani | 13 mars 2006

Voilà un blog tout neuf et bien appétissant, félicitations. Je signale la série sur Jean Vodaine sur Bleu de Paille. Meilleurs sentiments, Jean-Marie Perret.

Écrit par : Jean-Marie Perret | 13 mars 2006

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